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mercredi 13 janvier 2016

Silence cousu de mots






Au plus près du réel
il y a des murs d'air
qu'on ne peut franchir


Reflets de mon bureau sur la vitre
j'éteins la lampe
les mots écrits ne réfléchissent plus

l'ombre ne laisse pas de traces
mais le soleil
oui


le vent est monté
la mer est descendue
je n'ai pas bougé



Tu es de mots
tout cousu
et tes carnets
enflés
ne s'ouvrent plus pour personne
bouche cousue 
au point des croix
les images aussi 
sont des cicatrices.

POUSSIÈRES de REVES .

Quelques rêves et des poussières...
Photo de Jacques Poullaouec.Tu ne veux plus voir
la lune
Qu'est-ce qu'elle t'a fait ?
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Porte entr'ouverte
mon regard a croisé
celui de la lune.
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Dès posés sur la table
une main vide
cherche une autre main
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En panne de lumière
je dois attendre le jour
pour écrire la nuit
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
Ecriture fine
qu'est venue chercher la mouche
sur ma page blanche ?
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
Le velours que coupe
l'acier des ciseaux
mordre dans une pêche
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
Souffle du drap rabattu
la paupière se ferme
un pétale est tombé.
Poèmes et gravures Jacques Poullaouec.

mardi 12 janvier 2016

JANUS bifrons




Plié dans les draps
le soleil respire encore
dans l'ombre de l'armoire.



Abrité par le silence
regarder tout ce gris
qui grouille



Déposer ses rêves
sur l'oreiller tapoté
ouvrir la nuit



Une vague avance
sur le sable
je dois écrire


Assis sur ce banc
le soleil près de moi
et tout ce bleu
par dessus la tête
le temps glisse
comme une ombre
aucun doute ici


Tu es parti
la lune s'est cachée
vous existez encore



Ouvrir la porte aux oiseaux
laisser entrer un nuage
attendre la pluie
en vers
et contre tout.



Jacques Poullaouec. janvier 2016



jeudi 7 janvier 2016

PENSÉE LIBRE

A QUOI PENSEZ-VOUS ?
Est-ce que je sais que je pense quand je pense que je sais ? Est-ce que je pense que je sais quand je sais que je pense ?


"Ceux qui disent sans cesse "Moi, je pense que..." ne pensent pas. 
J B Pontalis

"Apprendre à ne plus penser 
c'est une partie et non la moindre de l'art de penser." Alain

"Je ne pense à rien,
et cette chose centrale, qui n'est rien,
m'est agréable comme l'air de la nuit,
frais en contraste avec le jour caniculaire.

Je ne pense à rien, et que c'est bon!
ne penser à rien
c'est avoir une âme à soi et intégrale

Ne penser à rien
c'est vivre intimement
le flux et le reflux dela vie...
Je ne pense à rien..."

Fernando PESSOA

lundi 4 janvier 2016

A QUOI PENSEZ-VOUS ?

A QUOI PENSEZ-VOUS ?
A la veille du passage à l'an 2000, le journal Libération avait posé cette question à plusieurs centaines d'écrivains, d'intellectuels, d'artistes...de tous pays.
16 ans après je me pose et vous repose la même question, à laquelle vous répondrez si vous le voulez bien. Votre réponse peut être brève ou longue, à votre guise et formera avec celle des autres un kaléidoscope par éclats successifs sur l'état du monde ou tout simplement votre humeur et/ou humour.
J'ai choisi quant à moi de poster chaque jour sur mon "mur" FaceBook un aphorisme ou une courte citation contenant les mots "penser" ou pensée" .
"Comment je pense quand je pense ? Comment je pense quand je ne pense pas ? En cet instant même, comment je pense à comment je pense quand je pense à comment je pense quand je pense ?
"Penser/classer", par exemple, me fait penser à "passer/clamser" ou bien à "clapet sensé" ou encore à "quand c'est placé". Est-ce que cela s'appelle "penser" ? Georges PEREC. Penser classer.

Je pense que l'an 2000 est déjà loin, que l'année 2015 est déjà finie et que cette phrase que je viens d'écrire , à peine écrite, est déjà du passé .

mardi 17 février 2015

En panne de lumière...





En panne de lumière
je dois attendre le jour
pour écrire la nuit



J'écris un vers
suspendu à la ligne
un rêve dans un fruit



Je ferme mon livre
le nuage s'ouvre
quelques gouttes de rêve



blancheur de la page
pas l'ombre 
d'une patte de mouche



Pleine est la mer
les étoiles y dorment
et combien de rêves ?



Le trou noir avale tout
même l'eau 
et le ciel



Mes pensées reviennent toujours
même vagues
la mer aussi revient voir le quai






vendredi 24 octobre 2014

AU BORD DE NULLE PART . Danièle Duteil

Voici un beau recueil de Haiku que vient de publier Danièle Duteil . Elle m'a demandé d'en écrire la préface.


Préface

 Dans ces haïkus, cherchez l'auteur.

Voilà le jeu que je vous propose pendant et après votre lecture de ce recueil de Danièle Duteil. Le jeu du peu de JE, en quelque sorte . Les occurrences de la première personne sont en effet très rares, comme chez les grands haïjins japonais . On la croit absente, puisqu'elle se dit « au bord de nulle part » ; en réalité elle est partout ...elle est au monde, elle lui appartient. Le monde ne lui appartient pas mais elle vous le propose, le tend vers vous comme une offrande, dans l'espace minime des 3 vers. La vraie poésie ne consiste pas à se regarder dans un miroir mais à le diriger vers le ciel, la terre, la mer pour y accueillir un temps tout ce qui y passe, définitivement provisoire, provisoirement définitif. Le miroir taoïste ne garde rien, si ce n'est quelques reflets au-delà du tain. Des reflets du monde plutôt qu'une réflexion sur le monde .Ici aucun narcissisme, aucune pose pour s'admirer ou se plaindre. Bien sûr l'émotion est présente devant la beauté de la nature ou la fuite du temps, mais c'est à vous lecteur, de la deviner … à la vue d'une « vieille qui tire un chien impotent » , un « sans-abri sous ses cartons ». Il s'agit de suggérer plutôt que d'imposer des idées ou des concepts. Le haïku n'a nul besoin d'une béquille philosophique. Bashô conseillait d'échapper aux lieux communs quand il notait :  « Qu'il est digne d'admiration celui qui, devant l'éclair, ne pense pas :  « que la vie est brève ! » Pas d'affect non plus. Quand elle se promène sur les bords de la ria d'Etel, elle ne se laisse pas aller au Romantisme de pacotille devant une Bretagne « néo-chateaubrianesque »(sic ) Excusez ce néologisme un peu fabriqué mais qui convient assez à ce que je veux dénoncer : il ya du style néo-breton dans une soi-disant architecture mais aussi dans certains écrits pseudo-régionalistes.
Pas de concept, pas d'affect mais seulement ce que Gilles Deleuze nomme des« percepts ». Voilà ce qui pourrait constituer une bonne définition du haïku. Ce que Danièle Duteil accueille provisoirement dans son miroir, ce sont uniquement des perceptions. Elle nous convie à une promenade des 5 sens, de « la première aube » au « dernier matin ». Elle est de passage dans « l'entre-deux »,  « au bord de nulle part » entre jour et nuit, entre deux saisons, entre deux vagues comme les bernaches, dans cet ukyo Yé, ce monde qui flotte des estampes japonaises.Elle n'est déjà plus ici, elle est encore là-bas. Elle propose à son lecteur de marcher sur ses brisées, de retenir les traces, de retrouver « les pleins et les déliés du passé, de « glisser dans ses souvenirs » comme les premiers flocons sur les souvenirs d'autres souvenirs ». A la manière de Sei Shonagon et de ses listes , Danièle Duteil note dans ses carnets ses choses vues. Et quand la promeneuse rentre chez elle, elle dépose sur la table des brassées de fleurs sauvages. Comme un enfant qui vide ses poches, elle déroule sur le papier-makimono son « inventaire » du monde (ne parle-t-on pas d 'inventeur pour désigner celui qui a découvert un trésor?) : des mots en forme de « coquillages à roudoudous » ou de bois flottés, des morceaux d'algues , lignes écrites sur l'estran par les laisses de mer . Parfois hélas, ce sont des seringues échappées de quelque container ou des déchets recrachés par la mer qui régurgite ce dont elle ne veut pas se nourrir. D'autres fois encore, comme un chasseur rentrant bredouille, elle note sur son calepin « Rien aujourd'hui ».(Comme Louis XVI qui dans son journal note «Aujourd'hui  RIEN » à la date du 14 juillet 1789 !). Le Rien , c'est déjà beaucoup , c'est le vent et la mer, agitateurs de pensées, de flocons et de parfums .

A la dernière page du « dernier matin », à force de chercher l'auteur, vous vous serez découvert lecteur, et comme « la mer du dernier matin, vous vous retirerez en silence ». Le jeu en valait bien la chandelle. Lire un recueil de haïkus de Danièle Duteil, c'est comme recevoir des embruns.


Jacques Poullaouec