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vendredi 3 janvier 2014

Ramender le temps


Le temps est décousu
un tissu déchiré
plein de trous
plus de quoi en faire une trame
Il faudra le ramender.

She's standing alone
in the mist
Les cordes du ciel sont tendues
brouillard en écharpe
avancer dans le blanc.

Ma pensée s'envole
le silence vibre
elle s'assied sur le sol
elle se pose et se repose
comme une question sans réponse

l'arc reste tendu
écrire
passer d'une lumière à une autre lumière
suivre le fil
y accrocher quelques images à sécher.

Ecouter le vent
tendre le filet des rêves
capturer un poème

Je me suis abrité
sous mes rêves
et ne crains plus la pluie

Jacques Poullaouec.


Épigraphe choisi par Henri Michaux pour son texte "Passages"

Koyu, le religieux, dit : "seule une personne de compréhension réduite désire arranger les choses en séries complètes. C'est l'incomplétude qui est désirable. En tout mauvaise est la régularité."
Dans les palais d'autrefois, on laissait toujours un bâtiment inachevé, obligatoirement.

Tsuredzure Guza par Yoshida No Kaneyoshi ( XIVè siècle)




jeudi 2 janvier 2014

Georges PERROS , un homme et ses "papiers collés".

Parmi les hommes avec qui j'aurais aimé parler, il y en a quelques uns, hélas disparus pour la plupart mais qui pour moi sont bien plus vivants que beaucoup de nos contemporains . Je vais ici commencer à les présenter au gré de mes papillonnages dans les rayons de ma bibliothèque.Les bons livres sont des conversations longues de comptoirs.
En ces temps de tempêtes j'imagine que je rentre dans un bistrot de Douarnenez et  que j'écoute parler Georges Perros ( de son vrai nom Georges Poulot 1923/1978):

"La poésie, c'est une femme nue qui se baladerait sur les Champs-Elysées en plein jour, et qu'on ne remarquerait pas. Qu'on ne verrait pas. Sinon, brièvement, les aveugles.

"Après tout , je ne suis pas bon à grand-chose. Je m'en rends compte de plus en plus fréquemment. Et c'est presque un cas de suicide. Je vis au bord de la mer, mais demandez-moi de naviguer, j'en suis incapable. Je fais des enfants à une femme qui n'en demandait pas tant, en ayant déjà quelques uns, mais si besoin était, je ne suis pas foutu de l'aider à accoucher. Je ne me sens pas un salaud pour autant, mais ce manque de connaissances humaines me rend parfois très malheureux, et le mot est faible.Ce que je sais faire n'a pas lieu sur le marché quotidien, et ce savoir est si mince, si précaire, qu'il est loin de me rassurer sur le bien-fondé de ma présence.J'ai donc fui les êtres capables de me rendre intéressant ; facile, très simple. On m'a trouvé un peu farfelu, mais je savais ce que je ne voulais pas. Je reste nez à nez avec ce que je veux. J'ai fini par comprendre que je ne voulais rien. Et qu'on me donnait toujours quelque chose.Qui me faisait exister. Cette obsession de liberté qui m'a animé,, qui est mon mouvement perpétuel, eh bien le voilà satisfait. Je suis libre. On peut me dire n'importe quoi, les hommes peuvent me faire du mal, ce n'est rien. Les hommes ne peuvent plus que me faire du bien (bien attrapés!) Ils sont condamnés à ne plus pouvoir que me faire du bien. En fait, je voulais dire que me voilà bien seul. Sans nulle nostalgie ou aigreur. Sans rien. Je ne suis pas amoureux fou de la "nature" , ni de cet objet, ni de cette femme qui passe. La mort n'aura pas grand-peine à m'envahir. J'aurai travaillé pour elle."

"Je préfère la liberté de l'autre à la mienne. Pour qu'il me laisse libre."

"Un homme pris de poésie, comme on dit pris de boisson, malheur à lui, à ses proches, à ses volontés."

"Sans la littérature, on ne saurait ce que pense un homme quand il est seul."

"Travailler ! Travailler ! Comme si j'avais le temps."

"L'écrivain n'est jamais que le nègre de l'enfant qui a déjà tout vu."

PAPIERS COLLÉS ( 3 tomes / Gallimard )

Quatrième de couverture

Volontairement, paresseusement, éperdument, Georges Perros note. Bribes et morceaux ; fulgurations, colères, angoisse, apaisement, selon l'humeur, la lecture, le lieu, bref, comme tout le monde vit : par moments, par éclairs, par éclats.

Biographie de l'auteur

Né à Paris le 23 août 1923, Georges Poulot étudie l'art dramatique au Centre du spectacle de 1939 à 1946. Engagé à la Comédie-Française, il renonce pourtant au métier de comédien en 1950, devient alors lecteur au T.N.P. de Jean Vilar, puis pour le compte des Éditions Gallimard, où il se lie d'amitié avec les principaux membres de la N.R.F. Retiré en Bretagne, à Douarnenez, dès 1959, Georges Perros est mort le 24 janvier 1978 à Paris.


▶ georges perros - Vidéo Dailymotion

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L'homme à la moto
"Le professeur d'ignorance" , (tel était le titre que Perros s'était malicieusement attribué), remontait à moto de Douarnenez à la Faculté des lettres de Brest dans les années 68/70, pour donner à quelques étudiants des cours d'ignorance. Ceux-ci se tenaient dans un café ou en marchant, comme les péripatéticiens,sous "le portique" ou dans les couloirs de la fac.

Opalka - Fondu au blanc

mercredi 1 janvier 2014

OUVRIR / FERMER



Fermer Ouvrir
Une porte se ferme
une autre s'ouvre
Janvier le mois de Janus, le dieu à double face qui pouvait regarder devant derrière.

Beckett dans "Fin de partie": "La fin est dans le commencement et cependant on       continue."



...faisait écho à T.S. Eliot :" Or say that the end precedes the beginning,
                                                 And the end and the beginning were always there
                                                 Before the beginning and after the end.
                                                 And all is always now..."

                                                 "Ou disons que la fin précède le commencement,
                                                 Que la fin et le commencement ont toujours été là
                                                 Avant le commencement , après la fin.
                                                 Et tout est toujours maintenant..." 

                                                 "La Terre Vaine".

qui faisait écho à Saint Augustin qui parle des 3 modes du temps, des 3 formes de présence à la conscience :
                                                 Le présent des choses passées
                                                 Le présent des choses présentes
                                                 Le présent des choses futures.



                                                   Bonne Année à chacun

                                                             Bloavez Mad.

dimanche 29 décembre 2013

AIMER

"Aimez-vous quelqu'un autant ou mieux que vous ?

La seule question est là. Vous êtes heureux, même si vous n'êtes pas jugé de retour.L'âge adulte commence au-delà des déceptions et illusions, quand on est capable de dire amen, sans démissionner de la volonté de vie.
 Vous avez des problèmes avec vos enfants, dites-vous ? Si vous vous mettiez à exister, si vous faisiez le poids, si vous deveniez autre chose que le haut-parleur des peurs et des principes; si vous n'étiez plus l'homme absent; si la sérénité vous habitait; si vous étiez capable de vous laisser ré-engendrer par vos fils, c'est à dire expulser par eux de votre carapace de sérieux et de tristesse; si vous aviez la liberté intérieure, de l'humeur, de la fantaisie...

Êtes-vous sûr que ce n'est pas la mort en vous qu'ils repoussent sans le savoir ?

Allons, dit l'Ange, qui que vous soyez, il y a une joie pour vous.Et assez de gémir contre le temps présent, le mal. Laissez le bien pousser en vous et prendre toute la place. Le reste est vain. Allez, partez ! Rentrer en soi, partir en ce sens, c'est la même chose."

Jean SULIVAN / Bloc Notes

Texte trouvé en septembre dernier dans la minuscule chapelle de Sivergue, le plus petit village haut perché du Lubéron.
Lumière!




"Nous avons tous deux vies.
La deuxième commence le jour où on s'aperçoit qu'on n'en a qu'une."

Confucius.



lundi 14 octobre 2013

VIVRE




  G. Ligeti / Musica ricercata

"Je suis mort parce que je n’ai pas de désir,
 
Je n’ai pas de désir parce que je crois posséder,   
   
Je crois posséder parce que je n’essaye pas de donner ;
  
Essayant de donner, on voit qu’on n’a rien, 
 
Voyant qu’on n’a rien, on essaye de se donner, 
 
Essayant de se donner, on voit qu’on n’est rien, 
 
Voyant qu’on est rien, on désire devenir, 
 
Désirant devenir, on vit."


René Daumal.
Je suis mort parce que je n’ai pas de désir.
Je n’ai pas de désir parce que je crois posséder.
Je crois posséder parce que je n’essaie pas de donner.
Essayant de donner, on voit qu’on a rien.
Voyant qu’on a rien, on essaie de se donner.
Essayant de se donner, on voit qu’on est rien.
Voyant qu’on est rien, on désire devenir.
Désirant devenir, on vit.
René Daumal

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