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dimanche 9 décembre 2012

Lumière des miz du, des miz kerzu

Roland Barthes :"la littérature est comme le phosphore : elle brille le plus  au moment où elle tente de mourir."

Écritures minuscules dans les miz du (les mois noirs en langue bretonne ):
          miz du : novembre
          miz kerzu : décembre











La feuille tombe
La lumière passe
Le souvenir germe

Où  est parti ce nid ?
L 'arbre ne se fatigue plus
À  lui tendre les bras.

La lumière
Au pied de l'arbre
A pris  racine

Elle avance sous  les arbres
Tout ce vert sur la tête
La feuille portée par la fourmi

Elle allongeait  ses bras
Pour caresser les nuages
La fumée chassée par le vent

J'ai jeté  un caillou
Le miroir a tremblé
Le puits a payé son écho

Lighthouse
La lumière dans la maison
Elle se donne à tous











La feuille tombe
La lumière passe
Le souvenir germe

Tour de feu
Dans la chambre
On veille

La lumière a toujours
Une seconde chance
Celle de la nuit

La nuit avale
Peu à peu les lignes
Écrire dans l'ombre

Peut-on suivre le soleil
À la trace
Sans sa part d 'ombre ?

Widow at the window
Le soleil et les larmes
Sont entrés dans la peinture

Jacques Poullaouec


vendredi 7 décembre 2012

Twit'haïku . Concours du 1/12/2012 au 22/02/2013

Le concours

Twit'haïku 2013

A Gagner !

Des tablettes iPad

offertes par notre partenaire Orange.

Des cheques multimedias, des cheques Lire, des abonnements a la revue numerique Angle Mort…

Composé à l’origine de dix-sept syllabes disposées en trois parties, le haïku est un poème court qui doit obligatoirement faire référence à la nature. On peut également y trouver une césure au premier ou au deuxième vers. Il n’est pas interdit d’y glisser un peu d’humour ! Le tout doit être ramassé, dense, et fonctionner à la manière d’un flash ou d’un éclair.
Vous vous sentez une âme de poète ? Tentez l’aventure et envoyez-nous vos haïkus sur twitter…
Le concours de haïku sur Twitter est proposé dans le cadre des rendez-vous Livre & numérique par la Cantine numérique rennaise, la Bibliothèque de Rennes Métropole et Livre et lecture en Bretagne.
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Les partenaires du Twit’haïku

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Avec le soutien de

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A propos de Twitter et du haïku



Twitter

Twitter est un outil de réseau social et de microblogage qui permet d’envoyer gratuitement des messages de 140 caractères, appelés tweets (« gazouillis ») par Internet.
Twitter permet comme les statuts Messenger ou Facebook d’indiquer son activité du moment, ses envies, sur une page en répondant à la question toute simple « quoi de neuf ?»
Se crée ainsi au fur et à mesure un réseau de personnes qui suivent l’activité du compte : les « abonnés» (ou «followers») et ceux que le compte choisit de suivre : les « abonnements ».
Twitter est une interface publique : les productions de tweets sont donc visibles par les abonnés qui suivent votre compte.
Les messages sont donc courts, simplifiés, mais peuvent renvoyer à des liens si on le souhaite.
A la différence de Facebook ou d’un blog, il n’y a pas de commentaires sur le message rédigé mais on peut répondre à un ou plusieurs utilisateurs en le mentionnant dans le message.

Petit lexique pour communiquer sur Twitter

Un tweet
Un tweet ou twit est un message posté sur Twitter. Ce message ne peut pas excéder les 140 caractères, espaces compris. Sur Twitter, lors de la frappe de vos tweets, vous verrez le petit compteur au-dessus de votre message diminuer pour vous avertir du nombre de caractères restants.

Le haïku

“Un haïku c’est simplement ce qui se passe en cet endroit-ci, à ce moment-ci”
Bashô(1644-1694)
Composé à l’origine de dix-sept syllabes disposées en trois parties, le haïku est un poème court qui doit obligatoirement faire référence à la nature. On peut également y trouver une césure au premier ou au deuxième vers. Il n’est pas interdit d’y glisser un peu d’humour ! Le tout doit être ramassé, dense, et fonctionner à la manière d’un flash ou d’un éclair.
Le haïga est une composition où des éléments peints et des signes calligraphiés d’un haïku (issus du même pinceau), introduisent la dimension du temps.
Le haïga est un art graphique dont le principe est fondé sur la complémentarité entre l’illustration et le texte, l’illustration donne une autre lecture, une autre interprétation au haïku.
Le haïku et le haïga répondent aux mêmes règles de composition : sobriété, dépouillement, apparente simplicité et également humour.
Sitothèque

Les membres du jury

Alain Kervern
Auteur de haïkus
Chantal Couliou
Professeur des écoles et auteure de haïkus
Jacques Poullaouec
Auteur d’écritures poétiques
Marie Chiff’mine
Artiste nomade et conteuse
Alain Kervern Chantal colliou Marie Chiffmine
Jean-Hugues Malineau
Auteur de contes, romans et poésies pour adultes et pour enfants
Yves Gerbal
Professeur agrégé de lettres modernes et diplômé en philosophie, chroniqueur culturel, auteur
Edith Le Gruiec
Membre de la commission de programmation de la maison de la poésie de Rennes.

Jean Hugues Malineau Yves Gerbal Edith legruiec

mardi 9 octobre 2012

Pessoa et ses 72 hétéronymes (expo du 28/09 au 10/10/2012)


  Gravure et montage de J Poullaouec





page extraite du Magazine littéraire/ Septembre 1991

citations

Fernando Pessoa a beaucoup parlé de sa ville, Lisbonne, et souvent décrit le ciel immense. voici quelques extraits du livre de l'intranquillité (Éditions Christian Bourgois,Traduction Françoise Laye) .

1/Jour de pluie
L'air est d'un jaune voilé, comme un jaune pâle vu à travers un blanc sale. C'est à peine s'il y a du jaune dans la grisaille de l'air. La pâleur de ce gris, pourtant, recèle un peu de jaune dans sa tristesse.(frag.189)

2/Clairs de lune
...sur l'avalanche nettement découpée des toits superposés, le blanc grisâtre de la lune, humidement souillé d'un brun terne. (frag 434)

3/La ville
Et la ville s'étage en conglomérats de nuit, soulignés de blanc d'un seul côté, avec des nuances bleutées de nacre froide.( frag 435)

4/Un bleu
Un bleu que blanchissait un vert nocturne découpait en brun-noir, vaguement auréolé d'un gris un peu jauni, l'irrégularité froide des bâtiments qui se détachaient sur l'horizon estival.(frag 438)

5/Le ciel de l'été
Le ciel de l'été finissant s'éveillait chaque jour d'un bleu-vert terne, pour virer rapidement à un bleu atténué d'un peu de blanc muet. A l'ouest cependant, il était de la couleur qu'on attribue généralement au ciel tout entier.(frag 440)

6/Je vois les paysages rêvés avec la même précision que les paysages réels. (frag 96)

7/ L'idée de voyager me donne la nausée.
J'ai vu tout ce que je n'avais jamais vu.
J'ai déjà vu tout ce que je n'ai pas vu encore.
...Les paysages sont des répétitions.
...De chaque voyage, même très court,je reviens comme d'un sommeil entrecoupé de rêves-une torpeur confuse, toutes mes sensations collées les unes aux autres, saoul de ce que j'ai vu.( frag 122)

8/C'est alors , sur la plage bruissant seulement de la rumeur des vaguies ou du vent, passant très haut dans le ciel, tel un grand avion irréel, que je m'abandonnais à un nouveau genre de rêves-des choses informes, merveilles à l'impression profonde, sans images et sans émotions, pures à l'égal du ciel et de l'eau, et résonnant comme les volutes déployées de la mer, se dressant depuis les profondeurs de quelque grande vérité; mer d'un bleu tremblotant, oblique dans les lointains qui verdissait en approchant du bord et montrait en en transparence d'autres tons d'un vert glauque...tout un corps de nostalgie avec une âme d'écume, et puis le repos, la mort, ce tout ou ce rien qui encercle, vaste océan, l'île des naufragés qu'est la vie. (frag 198)

9/ Tout sentir, de toutes les manières,; savoir penser avec ses émotions et sentir avec sa pensée...(frag 131)

10/ Je comprends que l'on voyage si on est capable de sentir. C'est pourquoi les livres de voyages se révèlent si pauvres en tant que livres d'expérience, car ils ne valent que par l'imagination , ils peuvent nous enchanter tout autant par la description minutieuse,photographique, à l'égal d'étendards, de paysages sortis de leur imagination, que par la description, forcément moins minutieuse, des paysages qu'ils prétendent avoir vus. Nous sommes tous myopes, sauf vers le dedans. Seul le rêve peut voir avec le regard.
11/ Éternels passagers de nous-mêmes, il n'est pas d'autre paysage que ce que nous sommes. Nous ne possédons rien, car nous ne nous possédons pas nous-mêmes.

12/ Nous sommes ceux que nous ne sommes pas, la vie est brève et triste. Le bruit des vagues, la nuit est celui de la nuit même; et combien l'ont entendu retentir au fond de leur âme, tel l'espoir qui se brise perpétuellement dans l'obscurité, avec un bruit sourd d'écume dans les profondeurs! 

13/ Le matin
Tout seul sur le quai désert
en ce matin d'été
je regarde du côté de la barre,
 je regarde vers l'infini, 
je regarde et suis content de voir
tout petit, noir et clair, un paquebot entrer.
Il apparaît au loin classique à sa manière
dans l'air lointain il laisse derrière lui 
le sillage vain de sa fumée
il entre calmement,
et le matin entre avec lui. ( Ode Maritime )


14/ Dans la nuit...
Roule, grande boule, fourmilière de consciences, terre, roule, teintée d'aurore, chapée de crépuscule, d'aplomb sous les soleils, nocturne,
roule dans l'espace abstrait, dans la nuit à peine éclairée, roule... ( Passage des heures )


15/
« Não sou nada.
Nunca serei nada.
Não posso querer ser nada.
À parte isso, tenho em mim todos os sonhos do mundo. »

« Je ne suis rien
Je ne serai jamais rien
Je ne peux vouloir être rien
Cela dit je porte en moi tous les rêves du monde. » (Bureau de tabac)



16/
Éternels passagers de nous-même, il n'est pas d'autre paysage que ce que nous sommes. Nous ne possédons rien, car nous ne nous possédons pas nous-même. Nous n'avons rien parce que nous ne sommes rien. Quelles mains pourrais-je tendre, et vers quel univers ? Car l'univers n'est pas à moi : c'est moi qui suis l'univers. (L.I. frag.138)

17/
Je m'enfoncerai dans la brume, comme un homme étranger à tout, îlot humain détaché du rêve de la mer, navire doté de trop d'être, à fleur d'eau de tout. (L.I. frag.86)

18/
Entre la vie et moi, une vitre mince. J'ai beau voir et comprendre la vie très clairement, je ne peux la toucher. (L.I. frag.80)


15/
Je vois les paysages rêvés avec la même précision que les paysages réels. (frag 96)


16/
Nous sommes tous myopes, sauf vers le dedans. Seul le rêve peut voir avec le regard.


29/
Le rêveur ne voit que l'important. La réalité véritable d'un objet n'est qu'une partie de lui-même ; le reste n'est que le lourd tribut dont il paie, à la matière, le privilège d'exister dans l'espace...
Un couchant réel est quelque chose d'impondérable et d'éphémère.
Un couchant de rêve est fixe et éternel.

Calligramme original réalisé par l'ami Pierre Converset pour notre exposition . Tirage limité.

vendredi 21 septembre 2012

Le labyrinthe ou le doute de l'ombre




Souvent devenu un thème de cauchemar, avec l'image monstrueuse du Minotaure, le labyrinthe est le lieu de toutes les errances mais peut aussi être vu comme un lieu de tous les ressourcements . Il existe en Toscane, à Volterra, un labyrinthe étrusque, une spirale dont le centre est un visage qui sourit. Puissè-je trouver une écriture qui évoque ce labyrinthe rassurant. 




      
           
            

   Etre la fenêtre, c'est à dire transparence. Voir, être vu. Donner à voir l'extérieur pour celui qui est à l'intérieur, laisser voir l'intérieur pour celui qui est à l'extérieur. L'écrivain laisse se dérouler son fil d'Ariane, mais ce fil est invisible. C'est grâce au fil d'Ariane que Thésée put s'orienter dans le labyrinthe , pour trouver et tuer le Minotaure. Mais le mythe ne dit rien des traces que le héros laissa en entrant dans le labyrinthe. Le chemin est balisé, le navire trace sa route entre les écueils, le petit Poucet «égrène sur sa route des rimes», mais une fois le livre écrit, il faut enlever les échafaudages. Un rabbin hassidique nommé Rabbi Nahman(1772-1810) n'écrivait-il pas : «Ne demande pas ton chemin à quelqu'un qui le connaît car tu ne pourrais pas t'égarer.» 
L'écrivain est un veilleur. Pendant qu'ils dorment,«il faut que quelqu'un veille» écrivait Kafka. Ceci évoque pour moi le beau titre du livre écrit par Alexis Gloaguen pendant sa résidence au sémaphore du Créac'h sur l'île d'Ouessant : «La chambre de veille.».









 Chambre de veille et d'éveil donc. Chambre de lumière ou chambre noire, camera obscura, peu importe, de toute façon, comme dans les labos de photographie argentique d'antan, l'écriture est le lieu de la révélation, le labyrinthe révélateur.








 Les ombres sont errantes, à n'en pas douter.



Jack Torrance dans le film de Stanley Kubrick «Shining» est gardien de nuit et de jour d'un immense hôtel déserté et coupé du reste du monde par la neige.Ce  romancier sur sa machine à écrire réécrit sans cesse la même phrase («All work and no play makes Jack a dull boy») sur toutes les pages. Il se trouve face à un labyrinthe. 

Mieux vaut le labyrinthe de Volterra que celui de Shining



lundi 17 septembre 2012

Dilasser tourne dans le cosmos






Tu es parti dans ton sourire et ta douceur
ton bateau-feu s'est éteint
tu es parti rejoindre ton ami Jean Pierre Abraham
dont l'esprit est resté habiter  Armen









Vous tournez tous les deux dans le cosmos
 vers vos planètes jumelles
Abraham a entretenu la lumière
de la Jeune fille à la perle de Vermeer
"le feu est clair,François, tout va bien"
elles sont loin les Régentes de Frans Hals
Tu vas rejoindre le cheval blanc de Gauguin
et les baigneuses de Cézanne
dont tu as su faire chanter les chairs
dans tes derniers tableaux





                                                                      
                                                                         
Antoinette  a décrit la passe vers les ombres errantes, la barque est silencieuse.



Lectures:  les œuvres d'Antoinette Dilasser sur François, son mari."Editions Le Temps qu'il fait".

               Armen de Jean Pierre Abraham , éditions "Le Tout sur le Tout"



mardi 11 septembre 2012

Les voyages ce sont les voyageurs eux-mêmes

Autour de la figure de l'écrivain portugais  Fernando Pessoa (1888-1935), sur les thèmes du voyage et de l'écriture

Pierre Converset et Jacques Poullaouec

 vous invitent à leur exposition peinture et gravure qui se tiendra à Vannes du 28 09 au 10 10 2012.









"La vie est ce que nous en faisons.
Les voyages , ce sont les voyageurs eux-mêmes.
Ce que nous voyons n'est pas fait de ce que nous voyons, mais de ce que nous sommes. "







Affiche et carton d'invitation réalisés par Pierre Converset.


"Voyager ? Pour voyager il suffit d'exister.
Si j'imagine, je vois.Que fais-je de plus en voyageant ? Seule une extrême faiblesse de l'imagination peut justifier que l'on ait à se déplacer pour sentir."

Fernando Pessoa (1888-1935)
Le Livre de l'intranquillité.
« Les voyages sont les voyageurs eux-mêmes »


Exposition Converset/Poullaouec
du 28/09 au 10/10/2012
château de l'Hermine à Vannes

Le titre de notre exposition est emprunté à un fragment du «Livre de l' intranquillité» de l'écrivain portugais, Fernando Pessoa (1888-1935).
           «Voyager? Pour voyager il suffit d'exister...Si j'imagine, je vois. Que fais-je de plus en voyageant ?Seule une extrême faiblesse de l'imagination peut justifier que l'on ait à se déplacer pour sentir...La vie est ce que nous en faisons. Les voyages, ce sont les voyageurs eux-mêmes. Ce que nous voyons n'est pas fait de ce que nous voyons, mais de ce que nous sommes.»

             Le voyage peut emprunter différentes formes: le voyage réel, bien sûr. Mais se déplacer dans l'espace et dans le temps est aussi à la portée de chacun de nous, voyageurs immobiles . Pour cela il suffit de rêver ou de se laisser emporter dans le rêve et la rêverie par un livre, par un film, par une œuvre d'art. Pessoa, en portugais, signifie «personne»; à force d'être personne, on devient tout le monde et Fernando Pessoa a voulu devenir plusieurs personnes en écrivant sous 76 pseudonymes qu'il a appelés «hétéronymes». Il se dilue donc dans différents personnages de papier qui regardent et décrivent le monde, chacun à sa manière. Il se crée un petit théâtre mental où il est à la fois auteur, metteur en scène et personnages. Nombreux paysages sont décrits à l'aide de sensations et deviennent des états de son âme. 

               Dans cette exposition, Pierre Converset et Jacques Poullaouec se proposent de vous faire voyager dans des paysages-états d'âme :l'un avec ses peintures à l'encaustique ou ses aquarelles où l'écriture s'oriente vers un effacement progressif; l'autre avec ses gravures qui fouaillent le paysage à coup de pointe sèche ou d'acide nitrique .Cette invitation au voyage vous ressemble car nous sommes tous encadrés dans notre analogie. En effet si un tableau peut nous faire voyager, nous devenons le peintre et la peinture elle-même. Regarder une peinture, c'est pénétrer dans un espace . On fait les yeux petits pour voir grand, on «s'élargit», on se libère. Dès lors le faux problème de l'abstraction ou de la figuration ne se pose plus. Le peintre s'est totalement figuré dans ce tableau que vous regardez: Léonard de Vinci parlait de cosa mentale, d'autres ont choisi les termes d' inscape ou de mindscape.

                Il ne s'agit plus pour l'artiste de figurer ou non le monde qu'il a sous les yeux mais de demander au «regardeur» de se figurer lui-même. Le regardeur-voyageur devient le voyage lui-même.



lundi 10 septembre 2012

CARESSER LA PEAU DE LA TERRE

ça y est ! Notre livre est publié depuis le 6 septembre 2012 aux éditions Publibook.
Léon Philibien voulait marquer d'une pierre blanche plusieurs années de vol et d'observation du monde à bord de son ULM. Je suis le frère Jacques qui lui a prêté sa plume pour écrire quelques mots en contrepoint 

Comment peut-on caresser la peau de la terre ? Avec les ailes d'un papillon ? Avec la plume d'un tabellion ?

Once upon a time

Il était une fois , comme on dit chez nous...
Dans une de ces planètes qui tournent autour de l'astre nommé soleil, il y avait un homme,ni trop jeune, ni très vieux,de beaucoup d'esprit, que j'ai eu l'honneur de connaître dans le dernier voyage qu'il fit sur notre petite fourmilière; appelons-le Léon-Papillon, nom qui convient fort à tous les gens zélés, pardon, les gens ailés.
Léon se mit à voyager de continent en continent, de pays en pays, d'arbre en arbre, de fleur en fleur, de fourmilière en fourmilière . Il voyageait sur sa merveilleuse machine volante, sur sa mobylette des airs, sur son ULM, objet volant bien identifié, auquel on l'identifia beaucoup. « Ceux qui ne voyagent qu'en voiture seront sans doute étonnés de cet équipage de là-haut. Notre voyageur connaissait merveilleusement les lois de la gravitation, et toutes les forces attractives et répulsives. Il était expert en vents, anémo-maître en quelque sorte; il regardait le monde de haut mais sans aucun mépris, sans aucune condescendance. Léon savait garder ses distances: trop haut, on ne voit rien; trop près, on ne voit plus rien; dans l'entre-deux, on voit bien. Chacun sait que la proximité déforme. De là haut, il regardait le monde au bout de sa lunette, en sortait par magie des images.
Les ailes du papillon n'aboliront jamais le hasard, qu'on soit bien ou mal armé! Mais un jour, le hasard fit que Léon Papillon se posa près de la demeure d'un petit homme à la tête chenue, que partout dans le pays à l'entour, on appelait Tabellion. En guise de cadeau, Léon offrit ses images à Tabellion. En échange, celui-ci lui prêta sa plume pour écrire quelques mots, au clair de la lune ou ...de la terre, si on est Breton .
« Cette terre ,que tu me montres dans tes images, est si mal construite, si irrégulière et d'une forme qui me paraît si ridicule! Tout semble être dans le chaos: voyez-vous ces petits ruisseaux...dont aucun ne va de droit fil, ces étangs qui ne sont ni ronds, ni carrés, ni ovales, ni sous aucune forme régulière...En vérité, ce qui fait que je pense qu'il n'y a personne dans vos images ni dans ces pays, c'est qu'il me paraît que des gens de bon sens ne voudraient pas y demeurer. »
« Eh bien, dit Léon, ce ne sont peut-être pas non plus des gens de bon sens qui l'habitent. Tout vous semble irrégulier chez eux, mais ici aussi, chez nous, la terre porte des traces. Il y a des traces sans hommes,mais il n'y a pas d'hommes sans traces, hélas !


 

Le vent, les fleuves et les mers, les pattes des animaux, les pieds des hommes écrivent de belles lignes sur la terre. Je suis le colporteur de ces images. Les machines , elles, qu'elles volent, rampent, rapent, accrochent, éliment,scarifient, sacrifient....s'attaquent aux peaux de la terre et y laissent leurs cicatrices, leurs cicatraces.

Et voilà comment Léon-Papillon et son Tabellion se mirent à cet ouvrage. Vous y trouverez des mots et des mots sur les maux de la terre. Mais comme dit Charles Baudelaire, « le Beau est bizarre »;Puissent les images de Léon et les mots de Tabellion vous ouvrir les yeux sur les peaux de terre qu'on devrait caresser au lieu de violer. 

(Que Voltaire me pardonne, j'ai emprunté à son Micromegas, quelques lignes (en italiques) pour écrire ce texte ) 




Ce livre ne parle pas que de traces. Il veut aussi mettre en correspondance des lieux visités par Léon et des
personnes qu'il a rencontrées et auxquelles je m'adresse directement, sans jamais les avoir vues.



 en Ethiopie, plateau de Gondar

Osman

Un éclair dans tes yeux
une étoile sur ton front
le ciel est parfois si bas


en Mauritanie, oasis de Chinguetti

Khadijah et Kalila

Le sable est la peau
la terre est la mère

 
en Ethiopie, Makele
 Markos

Certains regards transpercent
quand on  remplace les mots
par les balles


en Ethiopie, plateau d'Abyssinie
Ermias

Ouvre la terre avec le couteau de tes yeux
tes cils battent
au même rythme que les blés

 .

mardi 3 juillet 2012

OUESSANT, un rêve au carré


  



ça y est, il est là

Géorama a réussi à faire entrer Ouessant dans un carré de 23cm.X 23 cm.




Ce carré et cette île peuvent prendre place dans ma bibliothèque et la vôtre peut-être.

Allez visiter le site de Géorama, l'éditeur brestois qui a tenu la gageure d'éditer de la poésie dialoguant avec des photographies.

http://www.georama.fr/f/index.php?sp=liv&livre_id=59

Vous trouverez sur ce lien une présentation de notre livre : photographies d' Hervé Inisan


 HERVÉINISAN

 et rêves de son oncle Jacques, votre serviteur.Vous pourrez feuilleter quelques extraits
2 ans de rêves éveillés pour cette dérive onirique vers une île de rêve, bien réelle.




"Rêver Ouessant."
Photographies HERVÉ INISAN
Textes JACQUES POULLAOUEC
Préface OLIVIER PY
Date de parution : juin 2012
ISBN : 978-2-915002-4-78
23 X 23 CM
relié cartonné
Rayon : BRETAGNE
148 pages

27 €

OLIVIERPY

"Il ne suffit pas d’être entourée d’eau pour être une île. Il faut que l’insularité soit singularité et que, risquant plus que ses grèves et ses landes, elle devienne une expérience. Il ne suffit pas de prendre le bateau, de traverser le Fromveur pour être à Ouessant, pour voir l’île dans son essence, la rare, pour y découvrir la secrète alliance de son espace et de nos voeux. En cela une île, une île véritable est un comme un théâtre, un monde en soi. Sans comparaison possible et clos sur lui même dans une exactitude mystérieuse. Et ce monde en soi parle du monde, parle de la totalité mieux que les livres. Mais plus qu’une métaphore, l’île est un monde à partir duquel le rapport au monde peut se réinventer non pas une image miniature du monde mais la porte même des infinis Sans montagne on ne verrait pas le ciel, sans désert on ne verrait pas le sable, sans forêt on ne saurait rien des arbres et sans Ouessant une connaissance de l’océan manquerait. Un océan qui à partir de cette petite terre en forme de pince de crabe semble avoir gardé toute l’exigence des temps anciens. L’ailleurs s’y déploie jusqu’à se confondre à l’horizon avec nos désirs inassouvis et nos destins interrompus. À Ouessant il y a des chemins qui mènent n’importe où en dehors du monde ."


Extrait de la préface d'Olivier Py, auteur, metteur en scène, comédien et directeur du Théâtre National de l'Odéon. Prendra la direction du  Festival d'Avignon, à partir de septembre 2013. Olivier Py aime séjourner à Ouessant dont il a fait son ermitage.



LES MOTS D'OUESSANT

A Ouessant
on ne gaspille rien
même pas ses mots
avec ces vents de Noroit
on ne sait jamais
les mots pourraient voler jusqu'aux oreilles du voisin
ou te revenir en pleine gueule
comme la fumée de tourbe
rabattue sur le toit

A Ouessant
il y a des mots chuchotés dans les coquillages
depuis si longtemps déjà
et qui remontent la spirale du temps
comme un souffle
longtemps...longtemps après
quand tu colles le labyrinthe de ton oreille
à cette conque marine
posée sur le banc de pierre
posée sur le banc des rêves
devant la maison
alors les souvenirs te remontent
avec la marée des mots

A Ouessant
on ne gaspille rien
mais il y a des mots que l'on partage
des mots qui traînent
dans le bourg de Lampaul
des mots qu'on cogne
comme les sabots à l'entrée du bistro
des mots qui ouvrent le rire
du patron de la Boulange
des mots partagés comme du bon pain
avec les allongés du cimetière d'à côté
quand on leur apporte des nouvelles fraîches des vivants
Parfois les mots sont joyeux
comme à Kerlaouen
quand Madame Pennec
juchée sur son vélo
lâche ses mots
mais pas son guidon :
« je trace au bourg
pareille comme un oiseau »

A Ouessant
il y a des mots qui glissent
le long des dunes et des touffes de moudez
enez eussa
il y a des mots qui courent
au ras des rocs
des mots courts et rugueux
comme les rochers
d'autres qui s'apprivoisent
comme des galets posés sur les bris
et les billes de bois
déposés par la vague sur le sable.
quand on quitte les porz
pour aller vers les ker
Porz glas, Porz gwen
Porz arlan, Porz gored
Kernic, Kere'here
Kerouet, Keranchas
Kervasdoue

Certains mots restent parfois dans la gorge
comme une arête de poisson
Keradennec
Parluc'hen
Toulalan
ces mots font du bruit
quand ils sortent de la gorge
mais ils ne font que chanter
les fougères
le pré au clair
ou la lande dans les trous.

A Ouessant
on ne cherche pas de complications
mais on trouve du mystère
quand le vent fait hurler ses mots
autour de la Villa des Tempêtes
quand Pern enveloppe de brume
les tempes de Nividic.


Marcher, marcher
sur les dunes de Pern
avancer, avancer
avec peine
lutter contre le vent
les bras ouverts
vouloir saisir le corps du vent
et ne rien saisir du tout
et tout comprendre
c'est la vie que tu accroches là
tu t'en approches si fort
tu veux parler au vent
et tu ne peux pas
tu veux lui crier tes mots
il te les enfonce dans la gorge
et t'impose les siens
c'est le vent qui te parle
dans une langue que tu ne connais pas
mais que tu comprends
des mots de sel
collés sur ton visage
par les embruns.

Quand le prince des Morgans
chantait sur la grève du Korz
pour appeler Mona
il criait son nom et celui des rochers.
A Pern , toi aussi tu as crié contre le vent
et comme lui tu as appelé :
«  Mona »
tes mots te sont revenus
en pleine gueule.
Ne restait qu'un bruit de sabots.
Tu écoutais la cavalcade
d'Ar Gazec Koz
la vieille jument
tu écoutais sans chercher à comprendre

Des anges passèrent
rêves de plumes
Alors tu t'es tu
les goélands aussi.

 Jacques Poullaouec






Editions Géorama. 14 rue Boussingault . 29200 Brest. www.georama.fr