"À force de
balayer la terre
le soleil a usé
son ombre
poussières de lumière
les feux sont follets
dans la nuit
les rêves se déplacent
une lumière se frotte à une autre lumière
il en surgit des ombres. "
" Les mots se détachent de nos paroles
elles éclatent
bulles de savon
soleils emprisonnés
dans leurs sphères
les mots se débarrassent de nous
errant selon leur ligne
vers le labyrinthe
d'une oreille
certains mots perdus
oubliés
éblouis
tombent
sur le papier
lettres agglutinées
cherchent compagnie
Photos et poèmes de Jacques Poullaouec.
Au lieu d'écrire avec le doigt sur la buée d'une vitre, j'ai choisi de laisser sur ce blog quelques TRACES, des mots, des images, des racines traçantes qui sortiront sur d'autres terres, les vôtres peut-être. Il y a des TRACES sans hommes il n'y a pas d'homme sans TRACES, même si nous sommes Définitivement provisoires et provisoirement définitifs.CARTE/ECART/TRACE. N.B.Les textes et photos dont je suis l'auteur ne sont pas libres de droits
Pages Poésie. Littérature . Gravure . Peinture. Photographie. Divers. Bio
vendredi 7 février 2014
dimanche 12 janvier 2014
Haïku -cou
1/Quelques "définitions"du haïku:
Roland Barthes: "L'art d'écrémer la réalité de sa vibration idéologique."
Basil Hall Chamberlain : " Lucarne ouverte un instant sur un petit fait, naturel,sourire à demi-formé, soupir interrompu avant d'être entendu."
Ryokan : "Quand vous aurez compris que ce que j'écris n'est pas de la poésie, alors on pourra commencer à parler de poésie."
Basho :" Un haïku, c'est simplement ce qui se passe en cet endroit-ci, à ce moment-ci."
2/Petite anthologie de mes haïku préférés:
Jack Kerouac: Chat mangeant des têtes de poissons
- tous ces yeux
dans la lumière des étoiles.
Riôta : Je rentrais
furieux, offensé :
le saule dans le jardin.
Comment comprendre ce haïku ?
Les deux premiers vers traduisent un état d'esprit, un vacarme intérieur, qui empêche de voir le réel. Le troisième vers indique ceci: le saule est là devant moi; mon vacarme intérieur s'apaise; je reviens au réel,je me remets au monde.
Onitsura : Mon âme plonge dans l'eau
et ressort
avec le cormoran.
La préposition "avec" remplace le "comme". L'âme n'est pas le cormoran, mais l'âme comme le cormoran ont plongé dans l'eau.
3/ Quelques uns de mes haïku
Roland Barthes: "L'art d'écrémer la réalité de sa vibration idéologique."
Basil Hall Chamberlain : " Lucarne ouverte un instant sur un petit fait, naturel,sourire à demi-formé, soupir interrompu avant d'être entendu."
Ryokan : "Quand vous aurez compris que ce que j'écris n'est pas de la poésie, alors on pourra commencer à parler de poésie."
Basho :" Un haïku, c'est simplement ce qui se passe en cet endroit-ci, à ce moment-ci."
2/Petite anthologie de mes haïku préférés:
Jack Kerouac: Chat mangeant des têtes de poissons
- tous ces yeux
dans la lumière des étoiles.
Riôta : Je rentrais
furieux, offensé :
le saule dans le jardin.
Comment comprendre ce haïku ?
Les deux premiers vers traduisent un état d'esprit, un vacarme intérieur, qui empêche de voir le réel. Le troisième vers indique ceci: le saule est là devant moi; mon vacarme intérieur s'apaise; je reviens au réel,je me remets au monde.
Onitsura : Mon âme plonge dans l'eau
et ressort
avec le cormoran.
La préposition "avec" remplace le "comme". L'âme n'est pas le cormoran, mais l'âme comme le cormoran ont plongé dans l'eau.
3/ Quelques uns de mes haïku
L'arbre allonge son ombre
sur le drap froissé
un bras replié sur tes rêves.
La nuit
ouvre les yeux
écoute le noir
"Ouvre "et "écoute" peuvent être à l'impératif ou à l'indicatif. Dans le premier cas, c'est une invitation à ouvrir les yeux et à écouter le bruit d'une couleur. Dans le deuxième cas, la nuit est sujet des verbes "ouvre" et "écoute".
J'ai déposé mon silence
dans la nuit
son (ton?) visage collé au mien
L'eau tremble
dans mon verre
le vent est venu boire
Ce reflet dans mon verre
je boirai le nuage
et le vent avec
NB; Au pluriel, j'écris toujours "haïku" sans s.
petite coquetterie , car la marque du pluriel est tolérée même pour les mots d'origine étrangère.
HAÏKU Coucou
Quelques notules et "texticules" (sic/le mot est de Michel Leiris !)sur le haïku.
Commençons par un texte provocateur, écrit par Hervé Le Tellier (Zindien 200), dans l'anthologie de l'OULIPO/ Poésie Gallimard.
1/ Haïku-ku la praline
Commençons par un texte provocateur, écrit par Hervé Le Tellier (Zindien 200), dans l'anthologie de l'OULIPO/ Poésie Gallimard.
1/ Haïku-ku la praline
Mon petit garçon
tu es mon petit garçon
mon petit garçon
Trois vers./ 5 Syllabes 7 Syllabes 5 syllabes
La métrique est respectée
Ce serait un haïku ?
Amusant et souvent vérifié. Le haïku , c'est comme l'aquarelle : rien de plus simple et rien de plus compliqué !
2/ L'esprit du haïku retrouvé , au hasard de mes lectures, chez Simone Weil ("La pesanteur et la grâce") :
"Étoiles et arbres fruitiers en fleur. La permanence complète et l'extrême fragilité donnent également le sentiment de l'éternité...la vulnérabilité des choses précieuses est belle parce que la vulnérabilité est une marque d'existence.
... chute de pétales d'arbres fruitiers en fleur
Savoir que le plus précieux n'est pas enraciné dans l'existence. Cela est beau.
Pourquoi ?Projette l'âme hors du temps."
3/ Ce court texte de Maurice Blanchot pourrait être une bonne définition du haïku :
"Et ce qui nous parle dans ces poèmes le plus souvent très courts où termes, phrases, semblent, par le rythme de leur brièveté indéfinie, environnés de blanc, ces arrêts, ces silences ne sont pas des pauses ou des intervalles permettant la respiration de la lecture, mais appartiennent à la même rigueur, celle qui n'autorise que peu de relâchement, une rigueur non verbale qui ne serait pas destinée à porter sens, comme si le vide était moins un manque qu'une saturation, un vide saturé de vide."
Haïga calligraphié par le Haïjin Ban'ya Natsuishi . Il s'agit d'un de mes haïku écrit en japonais et en français.
mercredi 8 janvier 2014
▶ Georges PERROS , suite et SANS FIN ...définitivement...p.
▶ georges perros (4/4) - Vidéo Dailymotion
Voici un extrait d'un des "poèmes bleus" de Perros. Il y a des livres qui sont comme de grands vents; ils redonnent le goût de respirer.
"Il faut que je te retire de moi, la Bretagne,
que je t'arrache comme une grosse dent, que je me fasse mal, essayant
de m'oublier pour que tu vives
sans moi, sans moi, qui ne peux plus te suivre
dès lors que je t'aime au présent,
que je t'ouvre comme un éventail
comme un ventre de bœuf
comme une huître
.................................
Tes vieilles à coiffe
qui font du vélo sous la pluie
Mais pleut-il vraiment en Bretagne ?
La légende le dit, mais quoi
le crachin, c'est une rosée
qui vient de là-haut, qui s'enroule
autour de nos fronts fatigués
cela nous fait du bien à l'âme
c'est à peine si la route s'en trouve humectée
le crachin ne va pas jusqu'à terre
il est volatil, émulsion, neige d'été
son bruit est doux, c'est de la ouate
Dieu se fait Breton à ce bruit
mobile et frais.
......................................................
"Armen , la deuxième lumière
Avant la grande plaine folle
qu'on mit huit années à construire.
Tevennec. Son premier gardien
devint fou. Il entendait dire
Va-t'en va-t'en
pas en français mais en breton
Kerscuit kerscuit
toutes les nuits
et ceux qui vinrent après lui
le même bruit les effraya
Phare de la malédiction
entre nous ce n'étaient que mouettes
par centaines dans le rocher
il est fixe maintenant
et plus personne n'y habite.
Plus loin vers le nord, Ouessant,
et ses pupilles dans le noir
Le Stiff, Créac'h et la Jument
Nividic, Men Tensel, et d'autres
Ouessant dont les hommes et femmes
passent pour avoir été les meilleurs du monde..."
KENAVO.
Voici un extrait d'un des "poèmes bleus" de Perros. Il y a des livres qui sont comme de grands vents; ils redonnent le goût de respirer.
"Il faut que je te retire de moi, la Bretagne,
que je t'arrache comme une grosse dent, que je me fasse mal, essayant
de m'oublier pour que tu vives
sans moi, sans moi, qui ne peux plus te suivre
dès lors que je t'aime au présent,
que je t'ouvre comme un éventail
comme un ventre de bœuf
comme une huître
.................................
Tes vieilles à coiffe
qui font du vélo sous la pluie
Mais pleut-il vraiment en Bretagne ?
La légende le dit, mais quoi
le crachin, c'est une rosée
qui vient de là-haut, qui s'enroule
autour de nos fronts fatigués
cela nous fait du bien à l'âme
c'est à peine si la route s'en trouve humectée
le crachin ne va pas jusqu'à terre
il est volatil, émulsion, neige d'été
son bruit est doux, c'est de la ouate
Dieu se fait Breton à ce bruit
mobile et frais.
......................................................
"Armen , la deuxième lumière
Avant la grande plaine folle
qu'on mit huit années à construire.
Tevennec. Son premier gardien
devint fou. Il entendait dire
Va-t'en va-t'en
pas en français mais en breton
Kerscuit kerscuit
toutes les nuits
et ceux qui vinrent après lui
le même bruit les effraya
Phare de la malédiction
entre nous ce n'étaient que mouettes
par centaines dans le rocher
il est fixe maintenant
et plus personne n'y habite.
Plus loin vers le nord, Ouessant,
et ses pupilles dans le noir
Le Stiff, Créac'h et la Jument
Nividic, Men Tensel, et d'autres
Ouessant dont les hommes et femmes
passent pour avoir été les meilleurs du monde..."
KENAVO.
mardi 7 janvier 2014
Georges perros 4/4 et la Bretagne
"Ce que vous apercevez par-delà la baie des Trépassés ...est l'île de Sein...
...Mercredi 6 novembre 1968...
Malgré certains nuages que je connais bien, sales, effilochés, se battant dans le mauvais sens, salivant du sombre, malades du foie, j'enfourche la moto, après avoir conduit, comme on dit, mes gosses à l'école, et passé, comme chaque matin, devant le car en partance pour la pointe du Raz. J'arrive trempé à Pont-Croix; une petite pluie fine, glacée, pas tout à fait ce qu'on appelle le crachin, épinglant les yeux, je dois regarder la route, cent et une fois faite, de profil. Vais boire un café rhum, souvenir de Saint-Malo, les pieds glougloutant dans mes chaussettes, et je me demande une fois deplus si je ne vais pas attraper la crève.On verra. Un chien mouillé lui aussi vient me caresser les mollets (il sent mon chien); la patronne m'avoue qu'il ne fait pas beau, cette pluie tout de même, il n'y a plus de saisons...là-dessus je décide d'aller faire un tour dans Pont-Croix, par les rues et les ruelles qui descendent vers le Goyen, rivière réputée pour ses truites et huîtres. Il est difficile de se perdre dans Pont-Croix, mais agréable de s'y trouver.(...)
On me demande souvent pourquoi je vis en Bretagne. La réponse est simple, un peu trop même pour que je la risque. La Bretagne est un rêve que j'ai fait. (Il n'est pas si aisé d'habiter son rêve, il y a des mailles qui filent.) Peut-être dans une vie antérieure,peut-être dans le cours bizarre de celle-ci, peut-être dans une vie...future ? Mais il est sûr que c'est la Bretagne qui a donné un décor précis aux
figures mouvantes et inquiètes de ce rêve, me l'a confirmé en le
déployant , en me le dépliant, le montrant, bref, en le naturalisant.Je
m'y sens chez moi, par delà les limites de mon existence. Je sais qu'elle détient les clés de ma fragile présence sur la terre, présence totalement vouée, mais c'est un secret, aux signaux magiques échelonnés sur les rails de l'absolu...Je suis comme forcé de vivre en Bretagne, tant mon rêve, dès que je m'éloigne de son lieu d'élection, se refait désagréable, comme un gosse qui veut rentrer à la maison, recommence à me hanter, à me poursuivre, à m'interdire de rester très longtemps ailleurs que là où il trouve corps à son désir, où il se confond follement aux éléments naturels, à la terre, à la mer, aux ciels bretons, à ce ciel à la Turner par un matin de printemps, à ce ciel à la Hugo par un soir de décembre, après que le soleil s'est encore une fois guillotiné au large d' Armen. C'est vrai que passé un triangle Vannes-Brest- Saint Malo, ne sentant plus la mer que j'aime comme un tableau à caresser, je suis pris de panique, l'ouest me démange, une peur de mourir de travers, à côté, me saisit. Alors qu'ici, voilà, tout peut m'arriver."
Georges PERROS.
Papiers collés 3
dimanche 5 janvier 2014
georges perros (3/4) - Vidéo Dailymotion. Dessiner ce qu'on a envie d'écrire
georges perros (3/4) - Vidéo Dailymotion
Extraits d'un livre de Perros que m'a dédicacé Frédéric Poulot, son fils, (au nom du père et du fils et de l'esprit, pas saint du tout, mais très sain )...rencontré par hasard à Douarnenez.
Voici quelques textes qui parlent du rapport que Perros entretenait avec la peinture.
1 J'envie les peintres. Il me semble que ce qui nous reste de bonne folie, de hardiesse, de liberté à l'état pur, brut,participe de leur geste exemplaire. Il y a mieux. On perd rarement son temps avec un peintre, sa parole est presque toujours conductrice d'un rêve que le langage du poète aurait tendance à écraser ou à planifier, dans le pléonasme du mot pour mot. Il y a un bonheur du peintre , qui vient de son travail même, à mi-chemin entre l'artisanat et la féérie. Car si écrire, c'est rentrer chez les hommes, chez soi, en quelque sorte, peindre, c'est rester dans une enfance que l'épreuve de la plus ingrate majorité ne parvient pas à entamer. À perturber. C'est passer du tableau noir au tableau blanc, sans rupture de charme.
2 Le tableau dit à l'homme : "Ce que tu penses ne me regarde pas." (...)ce qu'on en pense n'a guère d'intérêt. Le tableau empêche de penser comme on a coutume de le faire, il remet la pensée à plus tard, comme un dictateur bénéfique, un marchand d'espace. Un tableau renforce la solitude originelle de l'homme, il est bien difficile d'être deux devant un tableau, il exige la séparation.
3 Que va faire le poète chez le peintre? Se rafraîchir les idées.
4 Il semble donc que le peintre digne de ce beau nom travaille à prélever des fragments de rêve englués, engloutis dans le corps poisseux du réel...
5 Le peintre montrant ses tableaux n'est jamais un homme tranquille. Il sait très bien qu'il n'y a aucune équivalence concevable entre le résultat désormais brut de son travail difficile, là, sur le mur, et ces gens qui viennent se faire passer en revue par l' œuvre au garde-à-vous, sans doute mortifiée d'avoir été mise au mur du jour après avoir été royalement, quoique clandestinement, exposée à celui de la nuit.
Papiers collés 2
6 L'écriture c'est passer le temps.
La musique c'est le faire passer.
La peinture c'est l'effacer.
Papiers collés 3
7 Tableaux de plein air.
Les tableaux ne font plus partie du mobilier, mais de l'espace. Fragments du monde
absolu accrochés à un mur qui lui-même est dans le vent.
Papiers collés 2
8 Je n'ai pas envie " d'écrire un livre ".
L'envie de dessiner plutôt que d'écrire. L'envie de dessiner ce qu'on a envie d'écrire...Et voilà qu'il me faut écrire que j'étais parti pour pour...dessiner.
Je suis toujours ce que je vais devenir
samedi 4 janvier 2014
▶ georges perros (2/4) - Vidéo Dailymotion
▶ georges perros (2/4) - Vidéo Dailymotion
Photo de Thersiquel
Georges Perros dans son grenier.
Il avait beaucoup de grain à moudre
sans parler des grains sur Douarnenez.
Suite de morceaux choisis dans PAPIERS COLLÉS Tome 1 :
1 Le comble du pessimisme : croire en Dieu.
2 Je me fais des idées blanches.
3 Si je perds ma dignité avec Y, je la retrouve avec X qui ignore Y.
4 On ne peut pas se forcer à aimer, et c'est là précisément l'amour.
5 Parfois le soir, il me prend envie de téléphoner au bon Dieu. Oui.
6 Il y a pire que la modestie. C'est la peur de l'orgueil.
7 "Si Dieu n'existe pas tout est permis." Je crois que l'effrayant, c'est que tout est permis, même s'il existe.
8 Faire l'amour : se battre chaud.
9 Pour être bon il faut se moquer de ce que pensent les autres.
10 Cours d'éducation moderne. Dites trois fois : Dieu est mort. La vie est absurde. Il faut une révolution, etc. C'est bien . Maintenant, allez jouer aux billes.
À suivre ...
Photo de Thersiquel
Georges Perros dans son grenier.
Il avait beaucoup de grain à moudre
sans parler des grains sur Douarnenez.
Suite de morceaux choisis dans PAPIERS COLLÉS Tome 1 :
1 Le comble du pessimisme : croire en Dieu.
2 Je me fais des idées blanches.
3 Si je perds ma dignité avec Y, je la retrouve avec X qui ignore Y.
4 On ne peut pas se forcer à aimer, et c'est là précisément l'amour.
5 Parfois le soir, il me prend envie de téléphoner au bon Dieu. Oui.
6 Il y a pire que la modestie. C'est la peur de l'orgueil.
7 "Si Dieu n'existe pas tout est permis." Je crois que l'effrayant, c'est que tout est permis, même s'il existe.
8 Faire l'amour : se battre chaud.
9 Pour être bon il faut se moquer de ce que pensent les autres.
10 Cours d'éducation moderne. Dites trois fois : Dieu est mort. La vie est absurde. Il faut une révolution, etc. C'est bien . Maintenant, allez jouer aux billes.
À suivre ...
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