1 /Ecrire au hasard de mes pensées
Il faudra en retrouver le fil
après que les traces se seront effacées
Jac
2/"Ecrire, noter : penser maintenant, penser vrai ;ce qui me passe simplement par la tête, je ne le pense pas vraiment "
Peter Handke (Hier en chemin )
3/"Une pensée qui stagne est une pensée qui pourrit"
Slogan de Mai 68
4/ "Dans les chemins que nul n'avait foulés, risque tes pas !
Dans les pensées que nul n'avait pensées, risque ta tête !"
Slogan de Mai 68 dans l'escalier du hall de l'Odéon.
Au lieu d'écrire avec le doigt sur la buée d'une vitre, j'ai choisi de laisser sur ce blog quelques TRACES, des mots, des images, des racines traçantes qui sortiront sur d'autres terres, les vôtres peut-être. Il y a des TRACES sans hommes il n'y a pas d'homme sans TRACES, même si nous sommes Définitivement provisoires et provisoirement définitifs.CARTE/ECART/TRACE. N.B.Les textes et photos dont je suis l'auteur ne sont pas libres de droits
Pages Poésie. Littérature . Gravure . Peinture. Photographie. Divers. Bio
dimanche 4 décembre 2011
I would prefer not to . BARTLEBY de MELVILLE
Herman Melville (1819–1891). Bartleby, the Scrivener. 1853.
Bartleby, the Scrivener: A Story of Wall-street
Bartleby, the Scrivener: A Story of Wall-street
Il y avait le bovarysme : l'insoutenable réalité des rêves ; il y a le "bartlebisme" : une forme de résignation apparente à la réalité qui est en fait une sorte de résistance passive à la réalité !
Bartleby est engagé comme scrivener, scribe, copiste dans une étude de notaire située à Wall Street .Au départ il se montre un employé modèle au-delà des espérances de son employeur, qui est aussi le narrateur de cette histoire.Mais un jour il commence à refuser certaines tâches , puis tout travail ; pour justifier son refus il n'a qu'une seule phrase: "I would prefer not to" que certains traduisent par "je préfèrerais ne pas"et d'autres par "j'aimerais mieux pas". Après avoir beaucoup travaillé, il ne travaille plus et finit par passer tous ses jours et ses nuits dans son lieu de non-travail qu'il "aime(rait) mieux" ne pas quitter.Tout est question de territoire, pour reprendre le concept de Gilles Deleuze. Bartleby entre dans un territoire dont il ne veut plus sortir. Il est le frère inversé de Grégoire Samsa, le héros kafkaïen de La Métamorphose qui lui voulait quitter un territoire, celui de sa chambre mais ne le pouvait pas, car il s'était transformé en cancrelat . Bartleby est une sorte de Trojan , il s'est introduit dans ce lieu et dans l'esprit des lecteurs de Melville qui ne peuvent plus l'en faire sortir.
Homme sans passé et sans avenir, venu de nulle part, ancien employé aux lettres mortes, aux lettres en souffrance, Bartleby commence par la souffrance des lettres qu'il copie inlassablement, par la grève du zèle et finit par le zèle de la grève . Son refus d'obéir est une objection sans conscience. En tout cas nous ne pénétrons jamais dans sa conscience , car il refuse de s'expliquer pour forcer les autres à s'expliquer et à essayer d'agir . Il devient le parangon de la résistance passive : en ne voulant pas se révéler il force les autres à se révéler . "L'idios" ,le particulier, le différent grippe la machine sociale de cette micro-société de Wall Street et peu à peu l'employeur-narrateur se métamorphose , le maître devient l'esclave .
Dans le bureau, derrière son paravent et face à une fenêtre qui ne donne que sur un mur, Bartleby s'est muré dans cette formule qui est comme une "barricade mystérieuse" : "Je préfèrerais ne pas". Ce conditionnel est un presque oui et un presque non ; Bartleby est presque tout et presque rien, "la figure du neutre" selon Maurice Blanchot . Il force son interlocuteur, le narrateur, à se déterminer devant ce qui n'est ni un refus ni une acceptation . Il oblige le lecteur à prendre position, sinon parti, devant ce personnage dérangeant, tragi-comique, qui ne se plaint jamais : serait-il notre frère de "révolte" ? Comme nous tous, il n'est qu'une pierre , ("a brick in the wall" chantaient les Pink Floyd ) dans le monde de l'incommunicabilité de Wall Street et d'ailleurs.
| In this very attitude did I sit when I called to him, rapidly stating what it was I wanted him to do—namely, to examine a small paper with me. Imagine my surprise, nay, my consternation, when without moving from his privacy, Bartleby in a singularly mild, firm voice, replied, “I would prefer not to.” | 21 |
| I sat awhile in perfect silence, rallying my stunned faculties. Immediately it occurred to me that my ears had deceived me, or Bartleby had entirely misunderstood my meaning. I repeated my request in the clearest tone I could assume. But in quite as clear a one came the previous reply, “I would prefer not to.” | 22 |
| “Prefer not to,” echoed I, rising in high excitement, and crossing the room with a stride. “What do you mean? Are you moon-struck? I want you to help me compare this sheet here—take it,” and I thrust it towards him. | 23 |
| “I would prefer not to,” said he. |
Dans le bureau, derrière son paravent et face à une fenêtre qui ne donne que sur un mur, Bartleby s'est muré dans cette formule qui est comme une "barricade mystérieuse" : "Je préfèrerais ne pas". Ce conditionnel est un presque oui et un presque non ; Bartleby est presque tout et presque rien, "la figure du neutre" selon Maurice Blanchot . Il force son interlocuteur, le narrateur, à se déterminer devant ce qui n'est ni un refus ni une acceptation . Il oblige le lecteur à prendre position, sinon parti, devant ce personnage dérangeant, tragi-comique, qui ne se plaint jamais : serait-il notre frère de "révolte" ? Comme nous tous, il n'est qu'une pierre , ("a brick in the wall" chantaient les Pink Floyd ) dans le monde de l'incommunicabilité de Wall Street et d'ailleurs.
Le dernier mot à Gilles Deleuze, pour qui "Bartleby n'est pas le malade mais le médecin d'une Amérique malade, le medicine-man, le nouveau christ ou notre frère à tous."
mardi 29 novembre 2011
Les dernières paroles du poète . René Daumal .
"C'est souvent le sort- ou le tort -des poètes de parler trop tard ou trop tôt."
"Non est mon nom ."
1908 / 1944 . Mourir à 36 ans . Encore une étoile filante ! Encore un autre Ardennais, ardent comme Rimbaud . Encore un poète qui, comme Rimbaud, s'est fait voyant .Quittant les ornières de la pensée routinière, il a pris le risque du vertige pour marcher sur le fil, essayant de maintenir le fragile équilibre, pour franchir le"Mont Analogue". "La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil", écrira aussi René Char ..Trop pressé de quitter les errances de "la poésie noire", asservie à la matière, au corps, au moi...il a cherché pendant la courte marche de sa brève vie à écrire le "Poème blanc" , celui "qui ouvre la porte du seul monde, de celui du seul Soleil, sans prestiges, réel "..Il s'y est brûlé les ailes , papillon de nuit trop attiré par l'authenticité et l'absolu.
Cette exigence du réel, de l'espoir et du désir , à combien de désespérés a-t-elle pu sauver la vie ?
Je suis mort parce que je n'ai pas le désir,
Je n'ai pas le désir parce que je crois posséder,
Je crois posséder parce que je n'essaye pas de donner;
Essayant de donner, on voit qu'on n'a rien,
Voyant qu'on n'a rien, on essaye de se donner,
Essayant de se donner, on voit qu'on n'est rien,
Voyant qu'on n'est rien, on désire devenir,
Désirant devenir, on vit.
Mai 1943
"Ce que tu donnes est à toi pour toujours.
Ce que tu gardes est perdu à jamais."
Proverbe soufi
Proverbe soufi
dimanche 27 novembre 2011
Stratégie de l'araignée : mémoire ou souvenir ? Une trace.
Le Fil Et Les Traces - Vrai Faux Fictif vous attend sur Priceminister
Message reçu sur ma boîte aux lettres internet.
Rêve ou cauchemar ? Peut-on effacer ses traces sur la toile d'araignée ? Sur le web, même une recherche sur le livre de Carlo Ginzburg ," Le fil et les traces "laisse des traces. On dit que l'homme a des souvenirs mais pas de mémoire. On dit que l'ordinateur a une mémoire mais pas de souvenirs.
Message reçu sur ma boîte aux lettres internet.
Rêve ou cauchemar ? Peut-on effacer ses traces sur la toile d'araignée ? Sur le web, même une recherche sur le livre de Carlo Ginzburg ," Le fil et les traces "laisse des traces. On dit que l'homme a des souvenirs mais pas de mémoire. On dit que l'ordinateur a une mémoire mais pas de souvenirs.
Récit hassidique : il reste une trace
Tant que dans le monde, quelque part, il y aura un homme qui se souviendra qu'il y a eu un temps où raconter une histoire pouvait suffire à résoudre un problème, le monde pourra être sauvé.
Voici un récit hassidique :
***
Tracer sa route
puis l'effacer
Y aura-t-il quelqu'un pour la retrouver ?
Quelqu'un dira :"Il a tracé sa route.", mais personne ne sait d'où elle partait
ni où elle arrivait. On saura seulement qu'il y eut une route.
Inventer, écrire, graver...c'est comme taper du pied dans une flaque gelée
et laisser la fissure s'opérer dans la glace. Elle avance selon des lois physiques qui nous semblent aléatoires, comme "un coup de dés qui n'abolira jamais le hasard". Il faut laisser venir la trace. Elle n'est plus tournée vers le passé mais vers l'avenir ; elle est une tension." La trace est itinérante (itin-errante); elle se fraye un chemin qu'elle ne reconstitue qu'après coup, elle produit sa route avec retard." (Derrida)
"Personne n'a le pouvoir d'effacer toutes ses traces".On écrit, on grave, on peint, on fait comme la seiche de Michaux, "on se dérobe à rebours, on jette beaucoup d'encre pour se dissimuler."On biffe, on se rebiffe, on écrit de travers, comme la seiche qui se déplace et se camoufle , on jette son encre. On écrit, on jette sur la page tout ce qu'on a ramassé dans la nuit, une étoile vive, encore étonnée d'avoir quitté les eaux noires du ciel et les ombres errantes en grappes qui se détachent du pampre des souvenirs. Il suffit de chasser les ombres pour trouver la lumière.
"L'homme sans trace. Un homme qui n'a pas de trace, n'est sur aucune trace- et ainsi justement le voici peu à peu sur une trace." (La perte de l'image).
Peter Handke (Hier en chemin).
"Celui qui sait marcher (dans le Tao) ne laisse pas de traces."
Lao Tseu (Tao Te King)
Voici un récit hassidique :
Lorsque le Rabbi Israël Baal Chem Tov voyait qu'un malheur se tramait contre le peuple juif, il avait pour habitude d'aller se recueillir à un certain endroit dans la forêt ; là, il allumait un feu, récitait une certaine prière et le miracle s'accomplissait, révoquant le malheur.
Plus tard, lorsque son disciple, le Maguid de Mézeritch, devait intervenir auprès du ciel pour les mêmes raisons, il se rendait au même endroit dans la forêt et disait : « ~Maître de l'univers, prête l'oreille. je ne sais pas comment allumer le feu, mais je suis encore capable de réciter la prière. » Et le miracle s'accomplissait.
Plus tard, le Rabbi Moché-Leib de Sassov allait lui aussi dans la forêt pour sauver son peuple et disait : « je ne sais pas comment allumer le feu, je ne connais pas la prière, mais je peux situer l'endroit et cela devrait suffire. » Et cela suffisait encore et le miracle s'accomplissait.
Puis ce fut le tour de Rabbi Israël de Rizhin d'écarter la menace. Assis dans son fauteuil, il prenait sa tête entre les mains et parlait à Dieu: «Je suis incapable d'allumer le feu, je ne connais pas la prière, je ne peux même pas retrouver l'endroit dans la forêt. Tout ce que je sais faire, c'est raconter cette histoire. » Cela suffira-t-il ? Cela suffisait.
Tout ce que nous savons aujourd'hui, c'est que nous ne savons même plus raconter l'histoire, et la seule chose que nous savons faire est le récit de cette impossibilité... Cela suffirait il encore ?
Tracer sa route
puis l'effacer
Y aura-t-il quelqu'un pour la retrouver ?
Quelqu'un dira :"Il a tracé sa route.", mais personne ne sait d'où elle partait
ni où elle arrivait. On saura seulement qu'il y eut une route.
Inventer, écrire, graver...c'est comme taper du pied dans une flaque gelée
"Personne n'a le pouvoir d'effacer toutes ses traces".On écrit, on grave, on peint, on fait comme la seiche de Michaux, "on se dérobe à rebours, on jette beaucoup d'encre pour se dissimuler."On biffe, on se rebiffe, on écrit de travers, comme la seiche qui se déplace et se camoufle , on jette son encre. On écrit, on jette sur la page tout ce qu'on a ramassé dans la nuit, une étoile vive, encore étonnée d'avoir quitté les eaux noires du ciel et les ombres errantes en grappes qui se détachent du pampre des souvenirs. Il suffit de chasser les ombres pour trouver la lumière.
"L'homme sans trace. Un homme qui n'a pas de trace, n'est sur aucune trace- et ainsi justement le voici peu à peu sur une trace." (La perte de l'image).
Peter Handke (Hier en chemin).
"Celui qui sait marcher (dans le Tao) ne laisse pas de traces."
Lao Tseu (Tao Te King)
Pensées de Pessoa . Miscellanées 5
1 "Penser dérange comme de marcher sous la pluie lorsque s'enfle le vent et qu'il semble pleuvoir plus fort."
2 "Je ne pense à rien,
et cette chose centrale, qui n'est rien,
m'est agréable comme l'air de la nuit,
frais en contraste avec le jour caniculaire.
Je ne pense à rien, et que c'est bon !
Ne penser à rien,
c'est avoir une âme à soi et intégrale.
Ne penser à rien
c'est vivre intimement
le flux et le reflux de la vie...
Je ne pense à rien.
C'est comme si je m'étais appuyé
dans une fausse posture.
Un mal aux reins, ou d'un côté des reins,
mon âme a la bouche amère :
c'est que, tout bien compté,
je ne pense à rien,
mais vraiment à rien,
à rien..."
3 "Il y a passablement de métaphysique dans la non-pensée.
Ce que je pense du monde?
Le sais-je , moi, ce que je pense du monde?
Si je tombais malade, j'y penserais.
Quelle idée je me fais des choses?
Quelle opinion sur les causes et les effets ?
Qu'ai-je médité sur Dieu et sur l'âme
et sur la création du monde ?
Je ne sais . Pour moi penser à ces choses c'est fermer les yeux
et ne pas penser. C'est tirer les rideaux
de ma fenêtre(mais de rideaux elle n'a pas l'ombre)."
4"Je suis un gardeur de troupeaux.
Le troupeau ce sont mes pensées
et mes pensées sont toutes des sensations.
Je pense avec les yeux et avec les oreilles
et avec les mains et avec les pieds
et avec le nez et avec la bouche.
Penser une fleur c'est la voir et la respirer
et manger un fruit c'est en savoir le sens."
4"Je suis un gardeur de troupeaux.
Le troupeau ce sont mes pensées
et mes pensées sont toutes des sensations.
Je pense avec les yeux et avec les oreilles
et avec les mains et avec les pieds
et avec le nez et avec la bouche.
Penser une fleur c'est la voir et la respirer
et manger un fruit c'est en savoir le sens."
(Quatre extraits de "Le Gardeur de troupeaux " de Fernando Pessoa / Poésie Gallimard )
jeudi 24 novembre 2011
"Kill your darlings" Faulkner.
What to do and what not to do when writing anything.
Il faut "montrer, faire voir et ne pas dire". Paul Valéry ne conseillait-il pas :"Ne dites pas "il neige", faites sentir la neige !" . Et Julien Gracq demandait d'enlever les échaffaudages, qui avaient servi à écrire une page.
Il faut suggérer .
- Write how you speak
- Do not draw attention to the author(self)
- Show, don't tell
- Kill your darlings
- Ecrivez comme vous parlez
- N'attirez pas l'attention sur vous-mêmes
- Montrer(voir, faire voir) ne pas dire.
- Tuez vos enfants chéris.
Il faut "montrer, faire voir et ne pas dire". Paul Valéry ne conseillait-il pas :"Ne dites pas "il neige", faites sentir la neige !" . Et Julien Gracq demandait d'enlever les échaffaudages, qui avaient servi à écrire une page.
Il faut suggérer .
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