Pages Poésie. Littérature . Gravure . Peinture. Photographie. Divers. Bio

samedi 10 décembre 2011

NOTES DE LECTURES SUR LE HAÏKU


 
  •  
  • Ces notes je les ai prises en lisant les ouvrages suivants: "L'empire des signes" de Roland Barthes. La préface écrite par Yves Bonnefoy  au recueil de haïku constitué par Roger Munier et sobrement intitulé "Haïku".et enfin le"petit manuel pour écrire des haïku" de Philippe Costa.
  •  
  • Le haïku est l'art de suggérer un sentiment sans le décrire, en passant par les sensations, à travers une épiphanie.
  • Roland Barthes : "Le haïku est l'art d'écrémer la réalité de sa vibration idéologique."c.a.d. de tout commentaire, même virtuel. Le haïku suggère un sentiment précis qui ne sera pas nommé mais sera partagé par le lecteur.
  • Les principes de l'esthétique japonaise et du haïku : sincérité + légèreté + objectivité + tendresse 


                                       
Le MA  = toute séparation et toute relation entre 2 instants
                                                                           2 lieux
                                                                           2 états

                                                                   
             = ce qui est commun à l'espace et au temps.

Le MA = YARNI + UTSUROÏ + SABI +FUEKI +RYUKO +WABI + MICHIYUKI + HIMOROGI

  1. YARNI = ce qui clignote, ce qui scintille , ce qui sort brièvement de la pénombre.
  2. UTSUROY = le moment où la fleur va faner, où l'âme d'une chose est comme suspendue dans le vide entre deux états. L'ombre en mouvement, l'intervalle du vide.
  3. SABI = la patine, l'usure à fleur de peau, la rouille, la fascination pour ce qui passe.
  4. FUEKI = l'invariant, l'éternité. Ce qui ne bouge pas, ne change pas .
  5. RYUKO = la fluidité, l'éphémère, le mouvement. L'irruption d'un événement éphémère ou trivial qui vient chasser le sérieux, qui crée l'humour.
  6. WABI = la beauté dépouillée en accord avec la nature.
  7. MICHIYUKI = une ligne sans profondeur, des trajets de pierre, une suite d'instants. Chemins et cheminements . (amants en fuite, pélerinages, jardins, ruelles, galeries...)
     8 .HIMOROGI = espace sacré, secret, délimité par le geste de l'haruspice ou de l'augure. Le sanctuaire, la pièce des dieux (ex. des pins dans la brume ; 4 poteaux; 1 corde ; au milieu une pierre  où vient le dieu.)



    vendredi 9 décembre 2011

    Notules sur le Haïku



    1. La maladie de l'Occident : vouloir tout dire, tout expliquer, tout analyser. La supériorité de l'Orient : se contenter d'indiquer / le déictique / l'index .
    2. Beau titre pour un recueil de Haïku: INDICATIF PRÉSENT (ça a lieu ) ou PARFAIT (ça a eu lieu ). A peine commencé, déjà fini...définitivement provisoire / provisoirement définitif. ",Coucou, je ne fais que passer", voilà ce que je dis à mon miroir.
    3. L' anamnèse est un parfum sans support, un grain de mémoire, une simple fragrance. Le haïku-anamnèse  est une bulle de savon qui, à peine née, va disparaître, éclater...le contraire de la photo qui fixe (fixateur) et révèle.(Photographie de Soizic Michelot, auteur du recueil "Petits chants de la pluie et du beau temps". Vous trouverez ci-contre le lien vers son blog "réminiscences")
    4. Le haïku est un grain de sable...au lecteur de reconstituer le sablier pour tuer le temps ; au lecteur le plaisir de reconstituer toute la plage (ou toute la page!) , d'y mettre son seau (ou son sceau!) et sa pelle . Au lecteur d'y reconstruire son château de sable qui bientôt sera détruit par une vague à marée montante.
    5. L' éphémère , le provisoire, c'est quelque chose de fluide, de bref mais qui durera longtemps dans l'esprit du lecteur.
              HAÏKU : c'est quelque chose de l'ordre de la fractale, qui à partir d'un  presque rien dit le presque tout , sans enfermer le lecteur dans un univers construit et imposé par l'auteur.




    "HAÏKU : lucarne ouverte un instant sur un petit fait naturel, sourire à demi-formé, soupir interrompu avant d'être entendu." Basil Hall Chamberlain.



                    


     HAÏKU :  "Quitter le banal , en se servant du banal." Zen Buson





     HAÏKU  :  Capture du temps dans trois lignes définitivement provisoires. Jac P.


                  
                                                                          HAÏKU  :  "No concept
                                                                                             No affect
                                         Only percept. "



    Ma Méthode :

    1. Etre disponible . Etre là . Etre ouvert au monde . Se mettre au monde .
    2. Voir une chose , la sentir, la toucher, l'écouter, la goûter. Tendre un miroir, l'espace minime  d'un miroir . Le haïku est un recueil de sensations.
    3. Éprouver un sentiment mais surtout ne pas le dire . Se contenter de le suggérer, de désigner une réalité, TELLE QUELLE, sans chercher à la décrire .
    4. Faire surgir un phénomène qui , dans le troisième vers , va créer la surprise du lecteur. Suggérer , (surtout sans mettre les points sur les I ) un rapport avec un autre élément, un événement , une épiphanie . Ce rapport peut être de proximité, d'opposition, de comparaison, de conséquence...

    1.  
    Et pour finir un haïku d' ONITSURA           
               
    Mon âme plonge dans l'eau
    et ressort
    avec le cormoran

     Se contenter d'écrire "l'un, l' autre". Onitsura a remplacé le "comme"par le "avec". L'âme n'est pas le cormoran, mais l'âme, comme le cormoran, ont plongé dans l'eau.


    La comparaison est simplement suggérée. Au lecteur de deviner et d'établir implicitement le rapport logique.

    N.B. Voir dans les archives de ce blog, quelques articles  du mois de mars 2011, consacrés au Haïku et à mes recueils.

    Microgrammes de Robert Walser. Traces de pas dans la neige.





     


    Des traces dans la neige : Robert Walser



    Écrire, écrire partout.
    Écrire des univers majuscules dans des espaces minuscules.
    Écrire comme un rouge gorge, l'hiver, avec ses pattes sur la neige.

                   Robert Walser avait son « territoire de crayon »: enveloppes,, pages de calendriers, feuilles d'impôts,,papiers d'emballage, cartes de visite...Tout y passe, tout est support pour son écriture de pattes de mouche, pour ses microgrammes . Durant plus de 20 ans, Robert Walser , à la manière de Bartleby, va devenir le scrivener, le copiste, une sorte de diariste particulier, le secrétaire de ses secrets, de ses sécrétions. Il va se cacher dans son encre, comme la seiche de Michaux, comme le peintre médiéval dans son tableau, comme Wang Fô dans la nouvelle orientale de Marguerite Yourcenar. Dans brouillon, il y a brouiller et brouillard . Walser sait se rendre illisible en brouillant les pistes. Seuls quelques initiés, hommes de « lettres » bien sûr, comme Werner Morlang et Bernard Echte, pourront lire l'illisible, comprendre les traces de celui qu'on a interné dans une clinique, pour schizophrénie chronique . Robert Walser finit par avouer à un médecin qu' « il entendait des voix ». Ecrivait-il sous leur dictée ? Pendant 24 ans , il récupère des papiers partout où il peut, à l'hôpital: sacs de papier d'emballage, enveloppes, coupures de journaux et il griffonne entre 1924 et 1932, jusqu'à l'équivalent de 4000 pages imprimées. Pour quelqu'un qui ne comprendrait pas l'allemand ou même ne saurait pas lire, pour tout amateur de beauté, ces pages noircies sont belles comme des calligraphies orientales. Walser est l'homme-plume .Ecrire c'est aussi dessiner : peintre-copiste-écrivain, il porte sa plume ou plutôt sa mine de plomb, sur son « territoire de crayon ». Là est d'abord sa marque, sa signature , sa « sténographie » personnelle, son « écriture étroite » selon l'étymologie grecque de ce mot. A notre époque d'écriture virtuelle et standardisée de machines à écrire, puis de micro-informatique, seules les générations qui ont appris à écrire à la plume sergent major , à qui on a infligé des punitions de 100 lignes à copier, comprendront les délices et les affres de cette graphomanie. 

                
                   Chaque feuille écrite crie qu'elle est Robert Walser, comme chaque feuille de l'arbre crie qu'elle est arbre .  « La feuille qui est sur l'arbre, connaît-elle sa beauté ? » Que ce soit un début de roman , une description ou un poème, le texte manuscrit de l'auteur est un cheminement sur le gris ou le bistre des papiers d'emballage, ou sur la neige de la page blanche. La Neige est un motif récurrent de Walser. La neige est le silence final qu'il est en train de préparer, ses mots tombent sur la feuille comme des flocons noirs, comme la trace de ses pas, ses derniers pas sur la neige,ses derniers microgrammes. Robert Walser meurt, comme un dernier flocon, lors de sa dernière promenade, le 25 décembre 1956, à l'âge de 78 ans. "Un vieux est mort" dans un linceul blanc comme neige,"blanc comme neige est son visage".

    Esquisse de « La ville sous la neige »

    La neige tombait dans le royaume du soir.
    Puisque me voici en mouvement,
    je flâne par les rues, sans but,
    et vois qu'il neige, paillettes argentines.
    Dans la belle saison mutine,
    certains se promènent à deux,
    agrément que depuis longtemps peut-^tre,
    ils connaissent, s'étant conquis , rejoints,
    et jamais plus l'un de l'autre disjoints.
    Mais il y en a qui vont tout seuls
    et qui, bien que tout seuls,
    sont moins seuls que ceux qui sont deux,
    toujours ensemble et à jamais liés,
    eux qui voudraient parfois se voir déliés
    pour flâner , légers, par la ville.
    A chacun manque ce que l'autre possède,
    et tous, d'une certaine façon, se portent bien.
    Hier au soir, oui, je me sentais serein,
    car elle rappelle, la neige qui se pose,
    le capiteux éparpillement d'une rose.

    Esquisse de « La neige »

    La neige ne monte pas
    mais prenant son élan,descend, et puis se pose.
    Jamais elle ne monta.
    Elle n'est par essence
    à tous égards, que par silence,
    pas trace de vacarme.
    Si seulement tu lui ressemblais.
    Repos , attente
    -telle est son attachante
    et douce identité,
    vivre, pour elle, c'est s'incliner.
    Jamais elle ne remontera
    d'où elle est descendue,
    elle ne court pas, elle est sans but,
    et nous sourit, sans bruit.

    Extraits de Esquisses de « La neige IV »



    (…) Délicate splendeur de la neige.
    Le paysage a l'air d'un petit lit
    tout prêt à servir à l'enfant.
    (...) La neige à présent comble tous les chemins.
    Quelle belle saison nous avons.
    L'herbe guigne, dentelle fine,
    verte sur fond blanc.
    Un vieux est mort dans sa maison,
    blanc comme neige est son visage.
    Où tombe la neige, elle demeure,
    elle ne bouge ni ne fléchit.

    Robert Walser.

    mardi 6 décembre 2011

    Il est interdit d'être vieux




    Non , ce n'est pas un slogan de Mai 68, mais une citation de Rabbi Nahman de Breslav, reprise et développée par Maurice Blanchot dans "Anacrouse" .

    "Il est interdit d'être vieux" ! 



     " Ce qu'on peut d'abord entendre : interdit de renoncer à se renouveler, de s'en tenir à une réponse qui ne remettrait plus en cause la question -finalement  (mais c'est sans fin ) n'écrivant que pour effacer l'écrit ou plus exactement l'écrivant par l'effacement même, maintenant ensemble épuisement et inépuisable : la DISPARITION qui ne s'exténue pas."

    Maurice Blanchot.

    dimanche 4 décembre 2011

    Miscellanées 6 . Pensées

    1 /Ecrire au hasard de mes pensées
    Il faudra en retrouver le fil
    après que les traces se seront effacées
                                                             Jac

    2/"Ecrire, noter : penser maintenant, penser vrai ;ce qui me passe simplement par la tête, je ne le  pense pas vraiment "
                                                                              Peter Handke (Hier en chemin )




    3/"Une pensée qui stagne est une pensée qui pourrit" 
                                                                              Slogan de Mai 68




    4/ "Dans les chemins que nul n'avait foulés, risque tes pas !
    Dans les pensées que nul n'avait pensées, risque ta tête !"
                                                                              Slogan de Mai 68 dans l'escalier du hall de l'Odéon.

    I would prefer not to . BARTLEBY de MELVILLE


    Herman Melville (1819–1891).  Bartleby, the Scrivener.  1853.

    Bartleby, the Scrivener: A Story of Wall-street

    Il y avait le bovarysme : l'insoutenable réalité des rêves ;  il y a le "bartlebisme" : une forme de résignation apparente à la réalité qui est en fait une sorte de résistance passive à la réalité !



                Bartleby est engagé comme scrivener, scribe, copiste dans une étude de notaire située à Wall Street .Au départ il se montre un employé modèle au-delà des espérances de son employeur, qui est aussi le narrateur de cette histoire.Mais un jour il commence à refuser certaines tâches , puis tout travail ; pour justifier son refus il n'a qu'une seule phrase: "I would prefer not to" que certains  traduisent par "je préfèrerais ne pas"et d'autres par "j'aimerais mieux pas". Après avoir beaucoup travaillé, il ne travaille plus et finit par passer tous ses jours et ses nuits dans son lieu de non-travail qu'il "aime(rait) mieux" ne pas quitter.Tout est question de territoire, pour reprendre le concept de Gilles Deleuze. Bartleby entre dans un territoire dont  il ne veut plus sortir. Il est le frère inversé de Grégoire Samsa, le héros kafkaïen de La Métamorphose qui lui voulait quitter un territoire, celui de sa chambre mais ne le pouvait pas, car il s'était transformé en cancrelat . Bartleby est une sorte de Trojan , il s'est introduit dans ce lieu et dans l'esprit des lecteurs de Melville qui ne peuvent plus l'en faire sortir.





                   Homme sans passé et sans avenir, venu de nulle part, ancien employé aux lettres mortes, aux lettres en souffrance, Bartleby commence par la souffrance des lettres qu'il copie inlassablement, par la grève du zèle et finit par le zèle de la grève . Son refus d'obéir est une objection sans conscience. En tout cas nous ne pénétrons jamais dans sa conscience , car il refuse de s'expliquer pour forcer les autres à s'expliquer et à essayer d'agir . Il devient le parangon de la résistance passive : en ne voulant pas se révéler il force les autres à se révéler . "L'idios" ,le particulier, le différent grippe la machine sociale de cette micro-société de Wall Street et peu à peu l'employeur-narrateur se métamorphose , le maître devient l'esclave .

      In this very attitude did I sit when I called to him, rapidly stating what it was I wanted him to do—namely, to examine a small paper with me. Imagine my surprise, nay, my consternation, when without moving from his privacy, Bartleby in a singularly mild, firm voice, replied, “I would prefer not to.”  21
      I sat awhile in perfect silence, rallying my stunned faculties. Immediately it occurred to me that my ears had deceived me, or Bartleby had entirely misunderstood my meaning. I repeated my request in the clearest tone I could assume. But in quite as clear a one came the previous reply, “I would prefer not to.”  22
      “Prefer not to,” echoed I, rising in high excitement, and crossing the room with a stride. “What do you mean? Are you moon-struck? I want you to help me compare this sheet here—take it,” and I thrust it towards him.  23
      “I would prefer not to,” said he.

                Dans le bureau, derrière son paravent et face à une fenêtre qui ne donne que sur un mur, Bartleby s'est muré dans cette formule qui est comme une "barricade mystérieuse" : "Je préfèrerais ne pas". Ce conditionnel est un presque oui et un presque non ; Bartleby est presque tout et presque rien, "la figure du neutre" selon Maurice Blanchot . Il force son interlocuteur, le narrateur, à se déterminer devant ce qui n'est ni un refus ni une acceptation . Il oblige le lecteur à prendre position, sinon parti, devant ce personnage dérangeant, tragi-comique, qui ne se plaint jamais : serait-il notre frère de "révolte" ? Comme nous tous, il n'est qu'une pierre , ("a brick in the wall" chantaient les Pink Floyd ) dans le monde de l'incommunicabilité de Wall Street et d'ailleurs. 




                  Le dernier mot à Gilles Deleuze, pour qui "Bartleby n'est pas le malade mais le médecin d'une Amérique malade, le medicine-man, le nouveau christ ou notre frère à tous."

    mardi 29 novembre 2011

    Les dernières paroles du poète . René Daumal .


    "C'est souvent le sort- ou le tort -des poètes de parler trop tard ou trop tôt."

    "Non est mon nom ."

    1908 / 1944 . Mourir à 36 ans . Encore une étoile filante ! Encore un autre Ardennais, ardent comme Rimbaud . Encore un poète qui, comme Rimbaud, s'est fait voyant .Quittant les ornières de la pensée routinière,  il a pris le risque du vertige pour marcher sur le fil, essayant de maintenir le fragile équilibre, pour franchir le"Mont Analogue". "La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil", écrira aussi René Char ..Trop pressé de quitter les errances de "la poésie noire", asservie à la matière, au corps, au moi...il a cherché pendant la courte marche de sa brève vie à écrire le "Poème blanc" , celui "qui ouvre la porte du seul monde, de celui du seul Soleil, sans prestiges, réel "..Il s'y est brûlé les ailes , papillon de nuit trop attiré par l'authenticité et l'absolu.

    Cette exigence du réel, de l'espoir et du désir , à combien de désespérés a-t-elle pu sauver la vie ?


    Je suis mort parce que je n'ai pas le désir,
    Je n'ai pas le désir parce que je crois posséder,
    Je crois posséder parce que je n'essaye pas de donner;
    Essayant de donner, on voit qu'on n'a rien,
    Voyant qu'on n'a rien, on essaye de se donner,
    Essayant de se donner, on voit qu'on n'est rien,
    Voyant qu'on n'est rien, on désire devenir,
    Désirant devenir, on vit. 

    Mai 1943 
     

    "Ce que tu donnes est à toi pour toujours.
    Ce que tu gardes est perdu à jamais."
    Proverbe soufi