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mercredi 2 janvier 2013

0123...2013 "La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil." René Char



Faire naître une plage
sur le dos d'un cheval
le travail de la lumière



Porter le ciel sur le dos
le peigne du vent dans la crinière
l'image du paradis

(textes et photo extraits de "Rêver Ouessant")


Si, comme l'écrit Jean Tulard," l'historien est le prophète du passé ", il est toujours plus facile de regarder dans le rétroviseur que dans les jumelles ou la longue vue. Ne jouons pas les Cassandre, l'apocalypse que d'aucuns nous annonçaient pour le 21/12/2012, n'a pas eu lieu . Œdipe a  des yeux pour ne pas voir et finit par se les crever. Tirésias est aveugle, mais il est voyant .
 
Etre lucide, c'est difficile mais souhaitable.
Le soleil réchauffe mais peut brûler
"Seuls le Soleil et la Mort ne peuvent se regarder en face".(La Rochefoucauld)
"La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil". (René Char).
 
Tenir ce blog

Mettre des mots à la queue-leu-leu du 1er Janvier au 31 Décembre, les jeter sur la page comme les rimes du Petit Poucet de Rimbaud ; continuer à marcher...La ligne d'horizon toujours se déplace.
 
 
 
 
Garder les yeux ouverts sur tout et sur tous
 
 
On ne sait pas ce qu'on va trouver en 2013, l'essentiel est de continuer à chercher.

Le matin
Tapoter la taie de son oreiller
pour garder quelques rêves au frais.


 
Et si on se jetait à l'eau ...?!!

dimanche 9 décembre 2012

Lumière des miz du, des miz kerzu

Roland Barthes :"la littérature est comme le phosphore : elle brille le plus  au moment où elle tente de mourir."

Écritures minuscules dans les miz du (les mois noirs en langue bretonne ):
          miz du : novembre
          miz kerzu : décembre











La feuille tombe
La lumière passe
Le souvenir germe

Où  est parti ce nid ?
L 'arbre ne se fatigue plus
À  lui tendre les bras.

La lumière
Au pied de l'arbre
A pris  racine

Elle avance sous  les arbres
Tout ce vert sur la tête
La feuille portée par la fourmi

Elle allongeait  ses bras
Pour caresser les nuages
La fumée chassée par le vent

J'ai jeté  un caillou
Le miroir a tremblé
Le puits a payé son écho

Lighthouse
La lumière dans la maison
Elle se donne à tous











La feuille tombe
La lumière passe
Le souvenir germe

Tour de feu
Dans la chambre
On veille

La lumière a toujours
Une seconde chance
Celle de la nuit

La nuit avale
Peu à peu les lignes
Écrire dans l'ombre

Peut-on suivre le soleil
À la trace
Sans sa part d 'ombre ?

Widow at the window
Le soleil et les larmes
Sont entrés dans la peinture

Jacques Poullaouec


vendredi 7 décembre 2012

Twit'haïku . Concours du 1/12/2012 au 22/02/2013

Le concours

Twit'haïku 2013

A Gagner !

Des tablettes iPad

offertes par notre partenaire Orange.

Des cheques multimedias, des cheques Lire, des abonnements a la revue numerique Angle Mort…

Composé à l’origine de dix-sept syllabes disposées en trois parties, le haïku est un poème court qui doit obligatoirement faire référence à la nature. On peut également y trouver une césure au premier ou au deuxième vers. Il n’est pas interdit d’y glisser un peu d’humour ! Le tout doit être ramassé, dense, et fonctionner à la manière d’un flash ou d’un éclair.
Vous vous sentez une âme de poète ? Tentez l’aventure et envoyez-nous vos haïkus sur twitter…
Le concours de haïku sur Twitter est proposé dans le cadre des rendez-vous Livre & numérique par la Cantine numérique rennaise, la Bibliothèque de Rennes Métropole et Livre et lecture en Bretagne.
logo livre et numérique logo la Cantine numérique Logo Bibliothèque de Rennes Métropole
Logo Livre et lecture en Bretagne


Les partenaires du Twit’haïku

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Avec le soutien de

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A propos de Twitter et du haïku



Twitter

Twitter est un outil de réseau social et de microblogage qui permet d’envoyer gratuitement des messages de 140 caractères, appelés tweets (« gazouillis ») par Internet.
Twitter permet comme les statuts Messenger ou Facebook d’indiquer son activité du moment, ses envies, sur une page en répondant à la question toute simple « quoi de neuf ?»
Se crée ainsi au fur et à mesure un réseau de personnes qui suivent l’activité du compte : les « abonnés» (ou «followers») et ceux que le compte choisit de suivre : les « abonnements ».
Twitter est une interface publique : les productions de tweets sont donc visibles par les abonnés qui suivent votre compte.
Les messages sont donc courts, simplifiés, mais peuvent renvoyer à des liens si on le souhaite.
A la différence de Facebook ou d’un blog, il n’y a pas de commentaires sur le message rédigé mais on peut répondre à un ou plusieurs utilisateurs en le mentionnant dans le message.

Petit lexique pour communiquer sur Twitter

Un tweet
Un tweet ou twit est un message posté sur Twitter. Ce message ne peut pas excéder les 140 caractères, espaces compris. Sur Twitter, lors de la frappe de vos tweets, vous verrez le petit compteur au-dessus de votre message diminuer pour vous avertir du nombre de caractères restants.

Le haïku

“Un haïku c’est simplement ce qui se passe en cet endroit-ci, à ce moment-ci”
Bashô(1644-1694)
Composé à l’origine de dix-sept syllabes disposées en trois parties, le haïku est un poème court qui doit obligatoirement faire référence à la nature. On peut également y trouver une césure au premier ou au deuxième vers. Il n’est pas interdit d’y glisser un peu d’humour ! Le tout doit être ramassé, dense, et fonctionner à la manière d’un flash ou d’un éclair.
Le haïga est une composition où des éléments peints et des signes calligraphiés d’un haïku (issus du même pinceau), introduisent la dimension du temps.
Le haïga est un art graphique dont le principe est fondé sur la complémentarité entre l’illustration et le texte, l’illustration donne une autre lecture, une autre interprétation au haïku.
Le haïku et le haïga répondent aux mêmes règles de composition : sobriété, dépouillement, apparente simplicité et également humour.
Sitothèque

Les membres du jury

Alain Kervern
Auteur de haïkus
Chantal Couliou
Professeur des écoles et auteure de haïkus
Jacques Poullaouec
Auteur d’écritures poétiques
Marie Chiff’mine
Artiste nomade et conteuse
Alain Kervern Chantal colliou Marie Chiffmine
Jean-Hugues Malineau
Auteur de contes, romans et poésies pour adultes et pour enfants
Yves Gerbal
Professeur agrégé de lettres modernes et diplômé en philosophie, chroniqueur culturel, auteur
Edith Le Gruiec
Membre de la commission de programmation de la maison de la poésie de Rennes.

Jean Hugues Malineau Yves Gerbal Edith legruiec

mardi 9 octobre 2012

Pessoa et ses 72 hétéronymes (expo du 28/09 au 10/10/2012)


  Gravure et montage de J Poullaouec





page extraite du Magazine littéraire/ Septembre 1991

citations

Fernando Pessoa a beaucoup parlé de sa ville, Lisbonne, et souvent décrit le ciel immense. voici quelques extraits du livre de l'intranquillité (Éditions Christian Bourgois,Traduction Françoise Laye) .

1/Jour de pluie
L'air est d'un jaune voilé, comme un jaune pâle vu à travers un blanc sale. C'est à peine s'il y a du jaune dans la grisaille de l'air. La pâleur de ce gris, pourtant, recèle un peu de jaune dans sa tristesse.(frag.189)

2/Clairs de lune
...sur l'avalanche nettement découpée des toits superposés, le blanc grisâtre de la lune, humidement souillé d'un brun terne. (frag 434)

3/La ville
Et la ville s'étage en conglomérats de nuit, soulignés de blanc d'un seul côté, avec des nuances bleutées de nacre froide.( frag 435)

4/Un bleu
Un bleu que blanchissait un vert nocturne découpait en brun-noir, vaguement auréolé d'un gris un peu jauni, l'irrégularité froide des bâtiments qui se détachaient sur l'horizon estival.(frag 438)

5/Le ciel de l'été
Le ciel de l'été finissant s'éveillait chaque jour d'un bleu-vert terne, pour virer rapidement à un bleu atténué d'un peu de blanc muet. A l'ouest cependant, il était de la couleur qu'on attribue généralement au ciel tout entier.(frag 440)

6/Je vois les paysages rêvés avec la même précision que les paysages réels. (frag 96)

7/ L'idée de voyager me donne la nausée.
J'ai vu tout ce que je n'avais jamais vu.
J'ai déjà vu tout ce que je n'ai pas vu encore.
...Les paysages sont des répétitions.
...De chaque voyage, même très court,je reviens comme d'un sommeil entrecoupé de rêves-une torpeur confuse, toutes mes sensations collées les unes aux autres, saoul de ce que j'ai vu.( frag 122)

8/C'est alors , sur la plage bruissant seulement de la rumeur des vaguies ou du vent, passant très haut dans le ciel, tel un grand avion irréel, que je m'abandonnais à un nouveau genre de rêves-des choses informes, merveilles à l'impression profonde, sans images et sans émotions, pures à l'égal du ciel et de l'eau, et résonnant comme les volutes déployées de la mer, se dressant depuis les profondeurs de quelque grande vérité; mer d'un bleu tremblotant, oblique dans les lointains qui verdissait en approchant du bord et montrait en en transparence d'autres tons d'un vert glauque...tout un corps de nostalgie avec une âme d'écume, et puis le repos, la mort, ce tout ou ce rien qui encercle, vaste océan, l'île des naufragés qu'est la vie. (frag 198)

9/ Tout sentir, de toutes les manières,; savoir penser avec ses émotions et sentir avec sa pensée...(frag 131)

10/ Je comprends que l'on voyage si on est capable de sentir. C'est pourquoi les livres de voyages se révèlent si pauvres en tant que livres d'expérience, car ils ne valent que par l'imagination , ils peuvent nous enchanter tout autant par la description minutieuse,photographique, à l'égal d'étendards, de paysages sortis de leur imagination, que par la description, forcément moins minutieuse, des paysages qu'ils prétendent avoir vus. Nous sommes tous myopes, sauf vers le dedans. Seul le rêve peut voir avec le regard.
11/ Éternels passagers de nous-mêmes, il n'est pas d'autre paysage que ce que nous sommes. Nous ne possédons rien, car nous ne nous possédons pas nous-mêmes.

12/ Nous sommes ceux que nous ne sommes pas, la vie est brève et triste. Le bruit des vagues, la nuit est celui de la nuit même; et combien l'ont entendu retentir au fond de leur âme, tel l'espoir qui se brise perpétuellement dans l'obscurité, avec un bruit sourd d'écume dans les profondeurs! 

13/ Le matin
Tout seul sur le quai désert
en ce matin d'été
je regarde du côté de la barre,
 je regarde vers l'infini, 
je regarde et suis content de voir
tout petit, noir et clair, un paquebot entrer.
Il apparaît au loin classique à sa manière
dans l'air lointain il laisse derrière lui 
le sillage vain de sa fumée
il entre calmement,
et le matin entre avec lui. ( Ode Maritime )


14/ Dans la nuit...
Roule, grande boule, fourmilière de consciences, terre, roule, teintée d'aurore, chapée de crépuscule, d'aplomb sous les soleils, nocturne,
roule dans l'espace abstrait, dans la nuit à peine éclairée, roule... ( Passage des heures )


15/
« Não sou nada.
Nunca serei nada.
Não posso querer ser nada.
À parte isso, tenho em mim todos os sonhos do mundo. »

« Je ne suis rien
Je ne serai jamais rien
Je ne peux vouloir être rien
Cela dit je porte en moi tous les rêves du monde. » (Bureau de tabac)



16/
Éternels passagers de nous-même, il n'est pas d'autre paysage que ce que nous sommes. Nous ne possédons rien, car nous ne nous possédons pas nous-même. Nous n'avons rien parce que nous ne sommes rien. Quelles mains pourrais-je tendre, et vers quel univers ? Car l'univers n'est pas à moi : c'est moi qui suis l'univers. (L.I. frag.138)

17/
Je m'enfoncerai dans la brume, comme un homme étranger à tout, îlot humain détaché du rêve de la mer, navire doté de trop d'être, à fleur d'eau de tout. (L.I. frag.86)

18/
Entre la vie et moi, une vitre mince. J'ai beau voir et comprendre la vie très clairement, je ne peux la toucher. (L.I. frag.80)


15/
Je vois les paysages rêvés avec la même précision que les paysages réels. (frag 96)


16/
Nous sommes tous myopes, sauf vers le dedans. Seul le rêve peut voir avec le regard.


29/
Le rêveur ne voit que l'important. La réalité véritable d'un objet n'est qu'une partie de lui-même ; le reste n'est que le lourd tribut dont il paie, à la matière, le privilège d'exister dans l'espace...
Un couchant réel est quelque chose d'impondérable et d'éphémère.
Un couchant de rêve est fixe et éternel.

Calligramme original réalisé par l'ami Pierre Converset pour notre exposition . Tirage limité.

vendredi 21 septembre 2012

Le labyrinthe ou le doute de l'ombre




Souvent devenu un thème de cauchemar, avec l'image monstrueuse du Minotaure, le labyrinthe est le lieu de toutes les errances mais peut aussi être vu comme un lieu de tous les ressourcements . Il existe en Toscane, à Volterra, un labyrinthe étrusque, une spirale dont le centre est un visage qui sourit. Puissè-je trouver une écriture qui évoque ce labyrinthe rassurant. 




      
           
            

   Etre la fenêtre, c'est à dire transparence. Voir, être vu. Donner à voir l'extérieur pour celui qui est à l'intérieur, laisser voir l'intérieur pour celui qui est à l'extérieur. L'écrivain laisse se dérouler son fil d'Ariane, mais ce fil est invisible. C'est grâce au fil d'Ariane que Thésée put s'orienter dans le labyrinthe , pour trouver et tuer le Minotaure. Mais le mythe ne dit rien des traces que le héros laissa en entrant dans le labyrinthe. Le chemin est balisé, le navire trace sa route entre les écueils, le petit Poucet «égrène sur sa route des rimes», mais une fois le livre écrit, il faut enlever les échafaudages. Un rabbin hassidique nommé Rabbi Nahman(1772-1810) n'écrivait-il pas : «Ne demande pas ton chemin à quelqu'un qui le connaît car tu ne pourrais pas t'égarer.» 
L'écrivain est un veilleur. Pendant qu'ils dorment,«il faut que quelqu'un veille» écrivait Kafka. Ceci évoque pour moi le beau titre du livre écrit par Alexis Gloaguen pendant sa résidence au sémaphore du Créac'h sur l'île d'Ouessant : «La chambre de veille.».









 Chambre de veille et d'éveil donc. Chambre de lumière ou chambre noire, camera obscura, peu importe, de toute façon, comme dans les labos de photographie argentique d'antan, l'écriture est le lieu de la révélation, le labyrinthe révélateur.








 Les ombres sont errantes, à n'en pas douter.



Jack Torrance dans le film de Stanley Kubrick «Shining» est gardien de nuit et de jour d'un immense hôtel déserté et coupé du reste du monde par la neige.Ce  romancier sur sa machine à écrire réécrit sans cesse la même phrase («All work and no play makes Jack a dull boy») sur toutes les pages. Il se trouve face à un labyrinthe. 

Mieux vaut le labyrinthe de Volterra que celui de Shining



lundi 17 septembre 2012

Dilasser tourne dans le cosmos






Tu es parti dans ton sourire et ta douceur
ton bateau-feu s'est éteint
tu es parti rejoindre ton ami Jean Pierre Abraham
dont l'esprit est resté habiter  Armen









Vous tournez tous les deux dans le cosmos
 vers vos planètes jumelles
Abraham a entretenu la lumière
de la Jeune fille à la perle de Vermeer
"le feu est clair,François, tout va bien"
elles sont loin les Régentes de Frans Hals
Tu vas rejoindre le cheval blanc de Gauguin
et les baigneuses de Cézanne
dont tu as su faire chanter les chairs
dans tes derniers tableaux





                                                                      
                                                                         
Antoinette  a décrit la passe vers les ombres errantes, la barque est silencieuse.



Lectures:  les œuvres d'Antoinette Dilasser sur François, son mari."Editions Le Temps qu'il fait".

               Armen de Jean Pierre Abraham , éditions "Le Tout sur le Tout"



mardi 11 septembre 2012

Les voyages ce sont les voyageurs eux-mêmes

Autour de la figure de l'écrivain portugais  Fernando Pessoa (1888-1935), sur les thèmes du voyage et de l'écriture

Pierre Converset et Jacques Poullaouec

 vous invitent à leur exposition peinture et gravure qui se tiendra à Vannes du 28 09 au 10 10 2012.









"La vie est ce que nous en faisons.
Les voyages , ce sont les voyageurs eux-mêmes.
Ce que nous voyons n'est pas fait de ce que nous voyons, mais de ce que nous sommes. "







Affiche et carton d'invitation réalisés par Pierre Converset.


"Voyager ? Pour voyager il suffit d'exister.
Si j'imagine, je vois.Que fais-je de plus en voyageant ? Seule une extrême faiblesse de l'imagination peut justifier que l'on ait à se déplacer pour sentir."

Fernando Pessoa (1888-1935)
Le Livre de l'intranquillité.
« Les voyages sont les voyageurs eux-mêmes »


Exposition Converset/Poullaouec
du 28/09 au 10/10/2012
château de l'Hermine à Vannes

Le titre de notre exposition est emprunté à un fragment du «Livre de l' intranquillité» de l'écrivain portugais, Fernando Pessoa (1888-1935).
           «Voyager? Pour voyager il suffit d'exister...Si j'imagine, je vois. Que fais-je de plus en voyageant ?Seule une extrême faiblesse de l'imagination peut justifier que l'on ait à se déplacer pour sentir...La vie est ce que nous en faisons. Les voyages, ce sont les voyageurs eux-mêmes. Ce que nous voyons n'est pas fait de ce que nous voyons, mais de ce que nous sommes.»

             Le voyage peut emprunter différentes formes: le voyage réel, bien sûr. Mais se déplacer dans l'espace et dans le temps est aussi à la portée de chacun de nous, voyageurs immobiles . Pour cela il suffit de rêver ou de se laisser emporter dans le rêve et la rêverie par un livre, par un film, par une œuvre d'art. Pessoa, en portugais, signifie «personne»; à force d'être personne, on devient tout le monde et Fernando Pessoa a voulu devenir plusieurs personnes en écrivant sous 76 pseudonymes qu'il a appelés «hétéronymes». Il se dilue donc dans différents personnages de papier qui regardent et décrivent le monde, chacun à sa manière. Il se crée un petit théâtre mental où il est à la fois auteur, metteur en scène et personnages. Nombreux paysages sont décrits à l'aide de sensations et deviennent des états de son âme. 

               Dans cette exposition, Pierre Converset et Jacques Poullaouec se proposent de vous faire voyager dans des paysages-états d'âme :l'un avec ses peintures à l'encaustique ou ses aquarelles où l'écriture s'oriente vers un effacement progressif; l'autre avec ses gravures qui fouaillent le paysage à coup de pointe sèche ou d'acide nitrique .Cette invitation au voyage vous ressemble car nous sommes tous encadrés dans notre analogie. En effet si un tableau peut nous faire voyager, nous devenons le peintre et la peinture elle-même. Regarder une peinture, c'est pénétrer dans un espace . On fait les yeux petits pour voir grand, on «s'élargit», on se libère. Dès lors le faux problème de l'abstraction ou de la figuration ne se pose plus. Le peintre s'est totalement figuré dans ce tableau que vous regardez: Léonard de Vinci parlait de cosa mentale, d'autres ont choisi les termes d' inscape ou de mindscape.

                Il ne s'agit plus pour l'artiste de figurer ou non le monde qu'il a sous les yeux mais de demander au «regardeur» de se figurer lui-même. Le regardeur-voyageur devient le voyage lui-même.