D'aucuns disent que le chat a 9 vies . Le mien va bientôt vivre sa troisième édition , revue et augmentée, chez Géorama , éditeur breton de Porspoder (29)mais diffusé sur toute la France. Didier Labouche m'a confié les
illustrations de cette édition : gravures, dessins et montages .
Parution annoncée pour le 15 novembre .
Préface
.
« J'ai beaucoup étudié
les philosophes et les chats.
La sagesse des chats est
infiniment supérieure. »
Hippolyte Taine
Ce
recueil de haïkus est une sorte d'inventaire à la Prévert des
sensations que l'on peut éprouver quand on regarde un chat avec
attention . J'ai choisi de dérouler devant vous ce makimono*
de
poèmes brefs accompagnés par
mes gravures et illustrations .
J'ai
donc essayé de donner ma langue au chat, de lui prêter mes mots et
les trois lignes du haïku pour le laisser parler à sa manière,
dans son propre langage, fait de signes, fulgurances, miaulements ou
silences . C'est dans son microcosme et dans l'espace- minime-minimum
du plus petit poème du monde que j'ai voulu saisir cet être
insaisissable que les Japonais nomment « neko »,
ce
qui signifie « animal dont les poils se hérissent comme les
herbes dans la rizière ». Par sa soudaine mobilité qui
succède à l'immobilité la plus totale, le chat est emblématique
du haïku : tous les deux aiment les courts circuits entre le
fueki, c'est
à dire l'invariant, l'immuable et le ryuko,
c'est
à dire le mouvement, la surprise . L'artiste et le chat ont ceci en
commun d'être occupés sans avoir rien à faire . Le chat occupe son
temps à occuper le Temps.
Donner
sa langue au chat, c'est aussi renoncer, abandonner et s'abandonner,
ne pas chercher à expliquer l'inexplicable. Selon Jean Paulhan, le
haïku est « un poème sans explication ». C'est donc
plutôt le chat qui me donne sa langue, son langage et non l'inverse.
Il m'envoie des signes que j'essaie de mettre en mots, tels quels,
sans expliquer quoi que ce soit . « No concept, no affect, only
percept » ! Voilà ma règle. Pardonnez ce jargon, mais il
résumerait assez bien, à mon avis, ce que n'est pas et ce que doit
être un haïku : pas de concept, ni théorie ni message à
transmettre...pas d'exagération de sentiments, pas de pathos...
« pas de poésie patheuse »,
comme le recommandait Francis Ponge. Il faut appeler chat un chat.
Mais uniquement des perceptions, des sensations .C'est au lecteur, et
non à l'auteur de les transformer en sentiments.
Alors oui, au bout ce
voyage, j'ai tenté de donner ma langue au chat, dans la double
acception de cette expression . Je n'ai pas voulu courir le risque de
dire , comme Matsume Soseki* : « je suis un
chat » .Le miroir taoïste ne retient rien, donne une
image furtive mais essentielle de la vie. De même le haïku cherche
à saisir l'instant sans pouvoir ni vouloir le capturer .Pfuitt...le
chat est déjà parti ! Dans cette suite de poèmes, il y a
beaucoup plus de questions que de réponses . La queue du chat ne
prend-elle pas souvent la forme d'un point d'interrogation ?
Contentons-nous de rêver .
En changeant « le papillon » en « chat » le
célèbre apologue chinois deviendrait celui-ci : « Tchouang-Tseu
rêve qu'il est un chat, mais n'est-ce point le chat qui rêve qu'il
est Tchouang-Tseu ? »
Jacques Poullaouec
*Soseki, écrivain japonais
( 1867-1916),auteur de haïkus et du roman « Je suis un chat ».
*Tchouang-Tseu, penseur
taoïste chinois du IV ème siècle av.J.C.