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mardi 14 juin 2011

SENS DESSUS DESSOUS

Je fais partie d'une association de graveurs, TARLATANE
Le projet du groupe pour ce mois de juin est de produire un livre d'artiste à tirage limité et à usage interne. Chaque membre de l'association produit une page du livre, comprenant une gravure et un texte de son choix dont il est ou non l'auteur...sur le thème commun de "SENS DESSUS DESSOUS".


Voici les deux linogravures que j'ai réalisées. Je dois n'en conserver qu'une. Oui, mais laquelle des deux ?Je n'ai pas encore écrit mon texte.
Voici les textes que j'ai écrits et qui accompagneront la première gravure. Pour chaque tirage, un texte différent sur le thème "Sens dessus dessous"

La nuit de tous
mes regards
dévêtue
ma main 
efface tous les bruits


En un sens
la nuit
je me vois mieux


Déposer 
un silence
dans la nuit
son visage
collé au mien


La nuit
ouvre les yeux
écoute le noir


L'étoile
a tissé
blanc dans la 
nuit
deux visages
bouche à bouche


Le sens de 
la nuit
moi
sans être 
moi




J'ai perdu
le sens de la nuit
m'a gagné


Il y a une ligne
dans la nuit
dans quel sens 
la traverser ?



Enfoncer
mon visage
dans le visage 
de la nuit
une étoile dans l'oeil










lundi 30 mai 2011

Alain Sandy . Art Pompier du XXè siècle

L'ami Pierre est "l'inventeur" d'un trésor, une oeuvre majeure d'Alain Sandy . Non content d'être un grand artiste peintre, Pierre C. est aussi l'ami de la fille de l'artiste, Mademoiselle Sandy ,mieux connue sous le pseudonyme de Rrose Sélavy.C'est dans les greniers de la demeure de cette amie, que Pierre C. a découvert cette oeuvre oubliée que l'on croyait disparue à jamais. Mademoiselle Rrose vient de léguer au Château de l'Hermine de Vannes ,ce "ready made" de la plus haute importance dans l'Histoire de l' Art.


          Après avoir regardé la photographie de l'oeuvre, vous ne manquerez pas de lire la notice éclairante rédigée par l'ami Pierre C.


ALAIN SANDY

« La lance »

Nous avons la chance de pouvoir présenter ici et grâce à sa famille, en deux exemplaires, la célèbre « Lance » du regretté Alain Sandy ( 1901-1993 ).

Ami et élève de Duchamp (1887-1968), Alain Sandy fut pourtant longtemps considéré comme un suiveur par les critiques d'art malgré la grande originalité de sa production. Un célèbre critique qualifia même son œuvre d' »art pompier  du XX ème siècle» ce qui poussa Alain Sandy, profondément blessé, à se retirer  trop tôt de la scène artistique, lui qui avait pourtant tant de choses à nous dire sur notre époque.

Cette œuvre, un ready-made de 1945, se veut un écho lointain au célèbre tableau de Duchamp peint en 1919, « L.H.O.O.Q »., mais aussi bien sûr, la fin de la seconde guerre mondiale et son cortège d'horreurs n'est pas étrangère à la genèse de « La lance » .

 Alors brouillé avec son ami, Alain Sandy ne présenta jamais cette œuvre et ce n'est qu'en 1968 qu'elle fut montrée pour la première fois lors d'une exposition improvisée  en hommage à Marcel Duchamp qui venait juste de disparaître. Cette exposition mémorable se tint alors à « La Caserne », haut lieu des avant-gardes des années 60 ( un très beau et rare catalogue fut édité à l'occasion de cette exposition aux Éditons du « Feu Follet » )

R. Mutt

Nota : Pour l'anecdote, « La lance » est une des œuvres les plus copiées de l'histoire de l'art et de nombreux faux sont visibles dans les musées du monde entier. La fille de l'artiste, Rrose Sandy, a choisi le musée de Vannes pour cette importante donation alors que les musées de nombreuses villes d'eaux étaient sur les rangs et les deux exemplaires de « La lance » appartiennent maintenant à la collection permanente du Château de L'Hermine.

mardi 17 mai 2011

EXPO "AILES DU..." Vannes du 20 au 29 mai 2011


Nous serons 26 artistes à présenter différentes productions ( peintures, sculptures, gravures...) au château de l'Hermine à Vannes." Les AILES DU..."est un collectif d'artistes qui revendiquent une place et toute leur place dans la ville, dans des expositions classiques ou des interventions qui le sont moins.

Tintam'art ce sont des exposition, auditions, concerts, musique et théâtre des ateliers artistiques vannetais.
Exposition au Château de l’Hermine par l'Association Les Ailes Du…
Les Ailes Du... est une association qui s’inscrit dans la continuité de Pigment Actif. Elle regroupe des artistes plasticiens et des créateurs de Vannes et ses alentours. Par goût du partage, du jeu et de la surprise, la réalisation de projets collectifs sur l’espace public est une des formes d’action privilégiée de cette association. Mais ce groupement d’artistes est avant tout une somme d’univers singuliers, parfois secrets, que cette exposition collective au château de l’Hermine a pour but de rassembler dans toute son étonnante diversité… « c’est comme ça »… Donner au public l’envie de la découverte et de l’échange avec des artistes locaux, affirmer la nécessité d’une création artistique vivante au sein de notre ville, constituent des motivations essentielles pour les participants à l’exposition. Enfin, à travers cette manifestation, l’association a également souhaité rendre hommage à Didier CARFANTAN, artiste peintre disparu en 2007. Son oeuvre, tout autant que ses qualités humaines restent présents dans la mémoire de ses amis.



 Allez sur le lien ci-dessous pour une visite virtuelle de notre exposition.



"Les Ailes du "...Temps...d'avant. Juillet 2010.




mardi 26 avril 2011

Là et pas là

J M

Tu es là et pas là
J M
là où tu es tu n'as plus rien à craindre
...même pas la douleur
De là où tu es
tu nous vois tous réunis
et tu mesures le cercle des jours et des nuits
des nuits et des jours
là où tu es
tu joues de la guitare ou de l'air guitar
tout en haut au-dessus de nous
ta montgolfière respire
tu as lâché du lest
tu montes... tu montes
lentement ...lentement
tu arrives près des escaliers vers le ciel
tu sais celui de Led Zeppelin
« Stairway to heaven »
Tu es comme cette femme qui « achète un escalier vers les cieux »
tu as marché à contre-vent
tu as longé le mur du silence
« dans un arbre à côté du ruisseau
il y a un oiseau qui chante
dans tes pensées tu as vu
des cercles de fumée à travers les arbres »
et là où tu es JM
tu écoutes nos voix
les voix de ta famille et de tes amis.
nous sommes là avec toi .

JM, « entends-tu le vent souffler
sais-tu que ton escalier est posé sur le vent qui murmure
qu'il y a une lumière blanche qui brille
 Si tu écoutes très attentivement »
l'accord de guitare  « te parviendra enfin
quand tout ne fera qu'un
et que l'unité sera un tout »

Là où tu es,
J M
tu as ouvert une porte et tu nous regardes
nous te croyons éloigné
mais tu es là
tu as trouvé la bonne vitesse
tu es entré dans le rythme des vents
tu as trouvé le bon accord sur ta guitare
et tu nous dis:

« quand vous serez habitués à cette chose affreuse
que je suis à jamais rejeté dans l'autrefois,
alors je reviendrai reprendre ma place, toute ma place près de vous.
Vous ne penserez plus aux jours où vous pouviez me perdre
Vous penserez avec joie aux jours d'autrefois
où vous m'aviez près de vous. »

J M

je t'ai toujours vu comme un enfant
la tête dans les nuages
Là où tu es
Là et pas là
aujourd'hui
la lumière s'est éteinte
Il fera nuit
nous ne te verrons plus
mais tu peux dormir tranquille
nous rallumerons la lampe
nous soufflerons sur les braises
et tu nous réchaufferas
encore et toujours
à jamais
De là où tu es
et où ne sommes pas
tu nous souris
comme toujours.

Jacques P.

vendredi 15 avril 2011

PIERRE DE TOUCHE / TOUCHE DE PIERRE ... CONVERSET

Voici l'article que je  consacre à l'ami 

PIERRE CONVERSET. 

        Pierre est un artiste professionnel qui vit à Séné. Vous trouverez à droite de cette page le lien qui mène à son site et à son blog. Je parlerai une autre fois de ses aquarelles du golfe du Morbihan et de ses photographies. Par ailleurs, c'est avec Pierre Converset que j'ai travaillé sur un recueil de Haïku, intitulé "Haïku des pierres, Carnac".C'est Pierre qui est l'auteur des photographies superbes qui dialoguent avec mes textes, traduits en Breton, Anglais et Allemand.

    

"Raboteur de peaux de peinture
cireur de tableaux
technicien de surfaces
révélateur d'écritures sympathiques"

Voilà l'autoportrait, "trait- por- trait", que Pierre, avec beaucoup d'humour, voire d'autodérision, en tout cas refusant tout narcissisme,  brosse de lui et de son oeuvre.
Bien sûr , ce message est un peu codé mais tout y est.
Il ne radote pas, non! il rabote, comme" les raboteurs de plancher" du peintre Caillebote.Comme eux, il est accroupi à terre, il rabote ses planches , il cherche la lumière, c'est un travailleur de l'ombre. Il rabote donc avec couteaux, raclettes, cautères ( et oui c'est le nom donné à un outil utilisé dans la peinture à l'encaustique. Y aurait-il des blessures à cautériser ?) , il racle, scarifie son support de bois ou de toile marouflée.

Il cire ses tableaux, il nourrit la lumière, de la paume de la main. L'oeil du spectateur doit tourner autour du tableau et trouver le bon angle, la bonne lumière.

Technicien, il l'est mais il sait faire oublier sa technique , pour révéler sa touche, qui est sa signature personnelle, son écriture.

Je me permets de citer ce qu'il dit lui-même de sa touche, "des traces qui le font rêver":

"Voilà, je poursuis mon travail sur la touche. La touche, c'est
l'écriture du peintre, ce qu'il y a de plus profond dans une peinture
et qui se retrouve pourtant aux premières loges, à la surface du
tableau. La touche est la seule chose sur laquelle nous n'avons pas
prise, elle est là dans chacun de nos gestes de peintre et toute
tentative de la changer est vaine, elle est ce que nous avons de plus
intime et se retrouve là, dans chacun de nos tableaux.

J'ai donc longtemps cherché une « touche » rêvée qui aurait pu
ressembler à celles de quelques peintres admirés ( par exemple, la
touche puissante de Richard Heintz qui a marqué mon enfance) mais
c'était, bien sûr, vain et idiot. J'ai ensuite cherché à supprimer
cette touche trop bavarde, rabotant, gommant cette fine ou moins fine
pellicule de matière renfermant tant de moi-même, et c'est maintenant
avec ce matériau récupéré, sauvé, que je travaille.


Tableau de Richard Heintz, qui a touché Pierre .Dans son enfance, il l'avait sous les yeux chaque fois qu'il allait manger chez une dame de sa famille

La touche, ma touche, est devenue le matériel de base de mon travail.

Évidemment, de nos jours, la peinture étant passée de mode, les
peintres, rasant les murs, n'osent plus parler de cet élément
primordial de la peinture, puisque malgré tout, peinture il-y-a encore.
La peinture est donc sur la touche, et inversement.

Avec cette touche inerte, morte, mais porteuse de la mémoire des
travaux anciens, je compose de nouveaux tableaux, j'écris autre
chose... en y mettant.... ma touche bien sûr, que je rabote de
nouveau, récoltant ainsi de quoi poursuivre... renaissance !

La cire d'abeille, composant essentiel de la peinture à l'encaustique
que je pratique, est idéale pour fixer la touche mais aussi pour la
décoller ou la re-coller, la chaleur permettant de faire tenir le
passé et le neuf ensemble. La cire fut longtemps le moyen le plus
pratique pour garder la mémoire ( des formes, des traces, des sons.... )

« Seules les traces font rêver » ( René Char ) "


Pierre Converset


Je peux voir Pierre en peinture, car on peut voir un bon peintre dans sa peinture. On peut reconnaître Pierre Converset à sa touche. La pierre de touche ou touchau  permettait autrefois de tester les alliages et métaux précieux en orfèvrerie. Frotter un métal sur une petite tablette de pierre foncée, sur sa surface granuleuse pour laisser ainsi une trace qui réagissait ou non à l'acide nitrique qu'on y versait.Le touchau de Pierre lui permet de trouver l'or de la lumière.

Rentrer dans l'atelier de Pierre, c'est pénétrer dans un laboratoire ou une cuisine ou une cour de récréation, de re-création.C'est d'abord une cuisine laboratoire: des casseroles sur des réchauds électriques laissent échapper des fumets, des effluves de cire qui fond. Dans les casseroles, il y a de la cire d'abeille, dans la cire il y a des pigments. Quand cette cire atteint la température et la consistance recherchée, il s'agit pour l'artiste de l'appliquer à la raclette, au couteau, au cautère...
   
  
      Quand cette cire, ces couches de différentes couleurs de cire,  se sont refroidies, vient le temps  du grattage, des frottis, des scarifications, du rabotage. Cicéron évoquait "les tablettes de cire de la mémoire",on peut parler de "la mémoire des tablettes de cire". Le support choisi par Pierre garde aussi en mémoire les différentes couches, touches, alluvions, sédimentations...Il s'agit alors de le faire parler, à la manière d'un palimpseste. Ce terme aujourd'hui galvaudé dans certains discours pédants et précieux sur l'art contemporain, trouve ici sa pleine justification. Palin (de nouveau) et Psao (racler) ont donné ce mot qui désignait un parchemin constamment gratté. La peau des parchemins était rare et chère, un même parchemin servait plusieurs fois pour différentes écritures et au bout d'un certain temps on n'arrivait plus à effacer complètement les écritures antérieures.Au lieu de les cacher, Pierre les fait réapparaître, les révèle, comme un photographe.Le travail de grattage est un véritable processus dilatoire, des écritures successives sans cesse différées, des reports ou des remords ou des repentirs successifs...vont peu à peu constituer la touche, la signature de l'artiste.La trace repose sur toute une série de traces, de cartes mémoires, d'écarts...entre ce que vous vouliez faire et ce que vous pouvez réaliser.C'est la réalité de l'atelier, ces 2 mots sont d'ailleurs des anagrammes.C'est ce que fait Pierre à son insu ; c'est de l'ordre de l'inconscient . 

     
    Pas de figuration donc dans la peinture abstraite de Pierre, même si parfois on croit y voir des"figures absentes".Pas de mimésis, mais une véritable mnémésis, un travail de mémoire...une divination...un apprentissage des signes. Car il y a un langage de la cire. Certains tableaux sont d'ailleurs organisés comme des pages d'écritures, des partitions de l'espace et des partitions musicales. Pierre travaille souvent en musique: du Bach, avec une peinture bien tempérée, un art de la fugue et de l'évitement, de l'évidement. Les microgrammes de Robert Walser, les logogrammes de Christian Dotremont, mais aussi le boustrophédon, cette manière d'écrire qui ressemble au parcours suivi par la charrue dans un champ...on peut convoquer la grande famille des signes pour évoquer le travail d'écriture et de touche de Pierre Converset


       Tout cela se passe donc en musique et en couleur qu'il va chercher dans des raclures de cire pigmentées dans de beaux jaunes Vermeer, des bleus profonds venus de la nuit ou des abysses, des bleus légers aériens, des blancs ivoire ou des rouges cramoisis.Ces raclures sont façonnées en billes de toutes les couleurs et l'enfant qu'est Pierre va puiser dans des boîtes posées sur le sol et disposées comme les cases d'une marelle pour quitter la terre et monter jusqu'au ciel. Ces billes à nouveau chauffées et réchauffées avec un sèche-cheveux vont constituer de nouvelles touches.


Clignez des yeux et vous verrez apparaître la touche de Pierre, qui sait aussi s'amuser. Pierre s'amuse ! Touche, pas touche. Touche pas, touche.




 Vous comprendrez donc que le plus difficile, comme souvent en peinture, mais encore plus avec cette technique, est de savoir quand s'arrêter. De même pour moi, dans ce billet . Le trop est souvent l'ennemi du bien.; la peinture de Pierre, sa touche..tiennent à la fois du graffiti, de l'ardoise magique ,, de la pâte à modeler de notre enfance, des chewing-gums collés sous le pupitre. Pierre est sur la touche, mais il n'est pas hors-jeu.    


LABYRINTHE et Cosa mentale . Quelques unes de mes gravures.

    5 gravures (50 x 50 encadrées) réalisées  avec des couleurs différentes, selon la technique "encre au sucre" et eau forte, sur une plaque de zinc découpée .

     Je suis parti d'une représentation libre et mentale des parkou et mejou de l'île d' Ouessant en vue aérienne 

Parkou et mejou sont les noms bretons des parcelles en lanières, closes de murets de pierres sèches,à l'abri desquels on s'abritait des vents pour un peu de culture et d'élevage des moutons

Ouessant n'est pas l'île de Crète. Ici pas de Dédale , pas de Minotaure, pas de fil d'Ariane ! le seul fil ici est celui de mes songes ,l'ombilic de mes rêves .






      Ce sont , en quelque sorte, des traces "derridiennes", des signes matériels d'un passé présent et d'un futur passé.