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lundi 17 septembre 2012

Dilasser tourne dans le cosmos






Tu es parti dans ton sourire et ta douceur
ton bateau-feu s'est éteint
tu es parti rejoindre ton ami Jean Pierre Abraham
dont l'esprit est resté habiter  Armen









Vous tournez tous les deux dans le cosmos
 vers vos planètes jumelles
Abraham a entretenu la lumière
de la Jeune fille à la perle de Vermeer
"le feu est clair,François, tout va bien"
elles sont loin les Régentes de Frans Hals
Tu vas rejoindre le cheval blanc de Gauguin
et les baigneuses de Cézanne
dont tu as su faire chanter les chairs
dans tes derniers tableaux





                                                                      
                                                                         
Antoinette  a décrit la passe vers les ombres errantes, la barque est silencieuse.



Lectures:  les œuvres d'Antoinette Dilasser sur François, son mari."Editions Le Temps qu'il fait".

               Armen de Jean Pierre Abraham , éditions "Le Tout sur le Tout"



mardi 11 septembre 2012

Les voyages ce sont les voyageurs eux-mêmes

Autour de la figure de l'écrivain portugais  Fernando Pessoa (1888-1935), sur les thèmes du voyage et de l'écriture

Pierre Converset et Jacques Poullaouec

 vous invitent à leur exposition peinture et gravure qui se tiendra à Vannes du 28 09 au 10 10 2012.









"La vie est ce que nous en faisons.
Les voyages , ce sont les voyageurs eux-mêmes.
Ce que nous voyons n'est pas fait de ce que nous voyons, mais de ce que nous sommes. "







Affiche et carton d'invitation réalisés par Pierre Converset.


"Voyager ? Pour voyager il suffit d'exister.
Si j'imagine, je vois.Que fais-je de plus en voyageant ? Seule une extrême faiblesse de l'imagination peut justifier que l'on ait à se déplacer pour sentir."

Fernando Pessoa (1888-1935)
Le Livre de l'intranquillité.
« Les voyages sont les voyageurs eux-mêmes »


Exposition Converset/Poullaouec
du 28/09 au 10/10/2012
château de l'Hermine à Vannes

Le titre de notre exposition est emprunté à un fragment du «Livre de l' intranquillité» de l'écrivain portugais, Fernando Pessoa (1888-1935).
           «Voyager? Pour voyager il suffit d'exister...Si j'imagine, je vois. Que fais-je de plus en voyageant ?Seule une extrême faiblesse de l'imagination peut justifier que l'on ait à se déplacer pour sentir...La vie est ce que nous en faisons. Les voyages, ce sont les voyageurs eux-mêmes. Ce que nous voyons n'est pas fait de ce que nous voyons, mais de ce que nous sommes.»

             Le voyage peut emprunter différentes formes: le voyage réel, bien sûr. Mais se déplacer dans l'espace et dans le temps est aussi à la portée de chacun de nous, voyageurs immobiles . Pour cela il suffit de rêver ou de se laisser emporter dans le rêve et la rêverie par un livre, par un film, par une œuvre d'art. Pessoa, en portugais, signifie «personne»; à force d'être personne, on devient tout le monde et Fernando Pessoa a voulu devenir plusieurs personnes en écrivant sous 76 pseudonymes qu'il a appelés «hétéronymes». Il se dilue donc dans différents personnages de papier qui regardent et décrivent le monde, chacun à sa manière. Il se crée un petit théâtre mental où il est à la fois auteur, metteur en scène et personnages. Nombreux paysages sont décrits à l'aide de sensations et deviennent des états de son âme. 

               Dans cette exposition, Pierre Converset et Jacques Poullaouec se proposent de vous faire voyager dans des paysages-états d'âme :l'un avec ses peintures à l'encaustique ou ses aquarelles où l'écriture s'oriente vers un effacement progressif; l'autre avec ses gravures qui fouaillent le paysage à coup de pointe sèche ou d'acide nitrique .Cette invitation au voyage vous ressemble car nous sommes tous encadrés dans notre analogie. En effet si un tableau peut nous faire voyager, nous devenons le peintre et la peinture elle-même. Regarder une peinture, c'est pénétrer dans un espace . On fait les yeux petits pour voir grand, on «s'élargit», on se libère. Dès lors le faux problème de l'abstraction ou de la figuration ne se pose plus. Le peintre s'est totalement figuré dans ce tableau que vous regardez: Léonard de Vinci parlait de cosa mentale, d'autres ont choisi les termes d' inscape ou de mindscape.

                Il ne s'agit plus pour l'artiste de figurer ou non le monde qu'il a sous les yeux mais de demander au «regardeur» de se figurer lui-même. Le regardeur-voyageur devient le voyage lui-même.



lundi 10 septembre 2012

CARESSER LA PEAU DE LA TERRE

ça y est ! Notre livre est publié depuis le 6 septembre 2012 aux éditions Publibook.
Léon Philibien voulait marquer d'une pierre blanche plusieurs années de vol et d'observation du monde à bord de son ULM. Je suis le frère Jacques qui lui a prêté sa plume pour écrire quelques mots en contrepoint 

Comment peut-on caresser la peau de la terre ? Avec les ailes d'un papillon ? Avec la plume d'un tabellion ?

Once upon a time

Il était une fois , comme on dit chez nous...
Dans une de ces planètes qui tournent autour de l'astre nommé soleil, il y avait un homme,ni trop jeune, ni très vieux,de beaucoup d'esprit, que j'ai eu l'honneur de connaître dans le dernier voyage qu'il fit sur notre petite fourmilière; appelons-le Léon-Papillon, nom qui convient fort à tous les gens zélés, pardon, les gens ailés.
Léon se mit à voyager de continent en continent, de pays en pays, d'arbre en arbre, de fleur en fleur, de fourmilière en fourmilière . Il voyageait sur sa merveilleuse machine volante, sur sa mobylette des airs, sur son ULM, objet volant bien identifié, auquel on l'identifia beaucoup. « Ceux qui ne voyagent qu'en voiture seront sans doute étonnés de cet équipage de là-haut. Notre voyageur connaissait merveilleusement les lois de la gravitation, et toutes les forces attractives et répulsives. Il était expert en vents, anémo-maître en quelque sorte; il regardait le monde de haut mais sans aucun mépris, sans aucune condescendance. Léon savait garder ses distances: trop haut, on ne voit rien; trop près, on ne voit plus rien; dans l'entre-deux, on voit bien. Chacun sait que la proximité déforme. De là haut, il regardait le monde au bout de sa lunette, en sortait par magie des images.
Les ailes du papillon n'aboliront jamais le hasard, qu'on soit bien ou mal armé! Mais un jour, le hasard fit que Léon Papillon se posa près de la demeure d'un petit homme à la tête chenue, que partout dans le pays à l'entour, on appelait Tabellion. En guise de cadeau, Léon offrit ses images à Tabellion. En échange, celui-ci lui prêta sa plume pour écrire quelques mots, au clair de la lune ou ...de la terre, si on est Breton .
« Cette terre ,que tu me montres dans tes images, est si mal construite, si irrégulière et d'une forme qui me paraît si ridicule! Tout semble être dans le chaos: voyez-vous ces petits ruisseaux...dont aucun ne va de droit fil, ces étangs qui ne sont ni ronds, ni carrés, ni ovales, ni sous aucune forme régulière...En vérité, ce qui fait que je pense qu'il n'y a personne dans vos images ni dans ces pays, c'est qu'il me paraît que des gens de bon sens ne voudraient pas y demeurer. »
« Eh bien, dit Léon, ce ne sont peut-être pas non plus des gens de bon sens qui l'habitent. Tout vous semble irrégulier chez eux, mais ici aussi, chez nous, la terre porte des traces. Il y a des traces sans hommes,mais il n'y a pas d'hommes sans traces, hélas !


 

Le vent, les fleuves et les mers, les pattes des animaux, les pieds des hommes écrivent de belles lignes sur la terre. Je suis le colporteur de ces images. Les machines , elles, qu'elles volent, rampent, rapent, accrochent, éliment,scarifient, sacrifient....s'attaquent aux peaux de la terre et y laissent leurs cicatrices, leurs cicatraces.

Et voilà comment Léon-Papillon et son Tabellion se mirent à cet ouvrage. Vous y trouverez des mots et des mots sur les maux de la terre. Mais comme dit Charles Baudelaire, « le Beau est bizarre »;Puissent les images de Léon et les mots de Tabellion vous ouvrir les yeux sur les peaux de terre qu'on devrait caresser au lieu de violer. 

(Que Voltaire me pardonne, j'ai emprunté à son Micromegas, quelques lignes (en italiques) pour écrire ce texte ) 




Ce livre ne parle pas que de traces. Il veut aussi mettre en correspondance des lieux visités par Léon et des
personnes qu'il a rencontrées et auxquelles je m'adresse directement, sans jamais les avoir vues.



 en Ethiopie, plateau de Gondar

Osman

Un éclair dans tes yeux
une étoile sur ton front
le ciel est parfois si bas


en Mauritanie, oasis de Chinguetti

Khadijah et Kalila

Le sable est la peau
la terre est la mère

 
en Ethiopie, Makele
 Markos

Certains regards transpercent
quand on  remplace les mots
par les balles


en Ethiopie, plateau d'Abyssinie
Ermias

Ouvre la terre avec le couteau de tes yeux
tes cils battent
au même rythme que les blés

 .

mardi 3 juillet 2012

OUESSANT, un rêve au carré


  



ça y est, il est là

Géorama a réussi à faire entrer Ouessant dans un carré de 23cm.X 23 cm.




Ce carré et cette île peuvent prendre place dans ma bibliothèque et la vôtre peut-être.

Allez visiter le site de Géorama, l'éditeur brestois qui a tenu la gageure d'éditer de la poésie dialoguant avec des photographies.

http://www.georama.fr/f/index.php?sp=liv&livre_id=59

Vous trouverez sur ce lien une présentation de notre livre : photographies d' Hervé Inisan


 HERVÉINISAN

 et rêves de son oncle Jacques, votre serviteur.Vous pourrez feuilleter quelques extraits
2 ans de rêves éveillés pour cette dérive onirique vers une île de rêve, bien réelle.




"Rêver Ouessant."
Photographies HERVÉ INISAN
Textes JACQUES POULLAOUEC
Préface OLIVIER PY
Date de parution : juin 2012
ISBN : 978-2-915002-4-78
23 X 23 CM
relié cartonné
Rayon : BRETAGNE
148 pages

27 €

OLIVIERPY

"Il ne suffit pas d’être entourée d’eau pour être une île. Il faut que l’insularité soit singularité et que, risquant plus que ses grèves et ses landes, elle devienne une expérience. Il ne suffit pas de prendre le bateau, de traverser le Fromveur pour être à Ouessant, pour voir l’île dans son essence, la rare, pour y découvrir la secrète alliance de son espace et de nos voeux. En cela une île, une île véritable est un comme un théâtre, un monde en soi. Sans comparaison possible et clos sur lui même dans une exactitude mystérieuse. Et ce monde en soi parle du monde, parle de la totalité mieux que les livres. Mais plus qu’une métaphore, l’île est un monde à partir duquel le rapport au monde peut se réinventer non pas une image miniature du monde mais la porte même des infinis Sans montagne on ne verrait pas le ciel, sans désert on ne verrait pas le sable, sans forêt on ne saurait rien des arbres et sans Ouessant une connaissance de l’océan manquerait. Un océan qui à partir de cette petite terre en forme de pince de crabe semble avoir gardé toute l’exigence des temps anciens. L’ailleurs s’y déploie jusqu’à se confondre à l’horizon avec nos désirs inassouvis et nos destins interrompus. À Ouessant il y a des chemins qui mènent n’importe où en dehors du monde ."


Extrait de la préface d'Olivier Py, auteur, metteur en scène, comédien et directeur du Théâtre National de l'Odéon. Prendra la direction du  Festival d'Avignon, à partir de septembre 2013. Olivier Py aime séjourner à Ouessant dont il a fait son ermitage.



LES MOTS D'OUESSANT

A Ouessant
on ne gaspille rien
même pas ses mots
avec ces vents de Noroit
on ne sait jamais
les mots pourraient voler jusqu'aux oreilles du voisin
ou te revenir en pleine gueule
comme la fumée de tourbe
rabattue sur le toit

A Ouessant
il y a des mots chuchotés dans les coquillages
depuis si longtemps déjà
et qui remontent la spirale du temps
comme un souffle
longtemps...longtemps après
quand tu colles le labyrinthe de ton oreille
à cette conque marine
posée sur le banc de pierre
posée sur le banc des rêves
devant la maison
alors les souvenirs te remontent
avec la marée des mots

A Ouessant
on ne gaspille rien
mais il y a des mots que l'on partage
des mots qui traînent
dans le bourg de Lampaul
des mots qu'on cogne
comme les sabots à l'entrée du bistro
des mots qui ouvrent le rire
du patron de la Boulange
des mots partagés comme du bon pain
avec les allongés du cimetière d'à côté
quand on leur apporte des nouvelles fraîches des vivants
Parfois les mots sont joyeux
comme à Kerlaouen
quand Madame Pennec
juchée sur son vélo
lâche ses mots
mais pas son guidon :
« je trace au bourg
pareille comme un oiseau »

A Ouessant
il y a des mots qui glissent
le long des dunes et des touffes de moudez
enez eussa
il y a des mots qui courent
au ras des rocs
des mots courts et rugueux
comme les rochers
d'autres qui s'apprivoisent
comme des galets posés sur les bris
et les billes de bois
déposés par la vague sur le sable.
quand on quitte les porz
pour aller vers les ker
Porz glas, Porz gwen
Porz arlan, Porz gored
Kernic, Kere'here
Kerouet, Keranchas
Kervasdoue

Certains mots restent parfois dans la gorge
comme une arête de poisson
Keradennec
Parluc'hen
Toulalan
ces mots font du bruit
quand ils sortent de la gorge
mais ils ne font que chanter
les fougères
le pré au clair
ou la lande dans les trous.

A Ouessant
on ne cherche pas de complications
mais on trouve du mystère
quand le vent fait hurler ses mots
autour de la Villa des Tempêtes
quand Pern enveloppe de brume
les tempes de Nividic.


Marcher, marcher
sur les dunes de Pern
avancer, avancer
avec peine
lutter contre le vent
les bras ouverts
vouloir saisir le corps du vent
et ne rien saisir du tout
et tout comprendre
c'est la vie que tu accroches là
tu t'en approches si fort
tu veux parler au vent
et tu ne peux pas
tu veux lui crier tes mots
il te les enfonce dans la gorge
et t'impose les siens
c'est le vent qui te parle
dans une langue que tu ne connais pas
mais que tu comprends
des mots de sel
collés sur ton visage
par les embruns.

Quand le prince des Morgans
chantait sur la grève du Korz
pour appeler Mona
il criait son nom et celui des rochers.
A Pern , toi aussi tu as crié contre le vent
et comme lui tu as appelé :
«  Mona »
tes mots te sont revenus
en pleine gueule.
Ne restait qu'un bruit de sabots.
Tu écoutais la cavalcade
d'Ar Gazec Koz
la vieille jument
tu écoutais sans chercher à comprendre

Des anges passèrent
rêves de plumes
Alors tu t'es tu
les goélands aussi.

 Jacques Poullaouec






Editions Géorama. 14 rue Boussingault . 29200 Brest. www.georama.fr

samedi 23 juin 2012

ARZ ER CHAPELIOU BRO LEON / Kerzean Plouescat




 Dans le cadre de l' ART DANS LES CHAPELLES dans le Pays du Léon , j'expose des gravures.

Trois séries :                                                  

                                                                       OISEAUX

                                                                 
                                                                    CICATRACES


CROIX



jeudi 7 juin 2012

Léon, mon périscope ou l'appel d'air.




 Ouvrir la terre
avec le couteau de tes yeux
battre les blés 
au rythme de tes cils


°°°


Qui sait si je ne suis pas vous ?
Vous qui me voyez sans me regarder
Vous que je regarde sans vous voir

 






 Le bleu parfois
 me monte aux joues
déshabillé par ton regard

°°°

Et si la trace la plus solide
était le vent
et son sourire sur le sable ?

°°°

Pourquoi faudrait-il séparer
la Matière de l'Esprit ?
Caresse du vent sur la peau.

°°°

Que sait on de la mer ?
La douceur de l'eau
sur la peau.

+++


Léon Philibien, ce merveilleux fou-volant, mon périscope parcourt le monde à la bonne distance: La proximité déforme .Que ce soit sur le pont de La Matine, sa goelette à voile aurique ou à bord de "sa mobylette des airs", son ULM ,moustaches au vent,  il photographie le monde. Léon m'a demandé ,à moi,au frère Jacques, de lui prêter sa plume pour écrire quelques mots sur ses images.Il est le papillon, je suis le tabellion qui dresse "l'inventerre" de ses bouffées d'air.
Voyez plus haut, toujours plus haut (!)deux pages consacrées aux regards de Léon et aux  mots de Jacques .

Nous lançons un appel...d'air. Nous cherchons un éditeur . S'il y en a un parmi les lecteurs de ce blog  , nous le capturerons dans la voile rouge du Vieux Léon .





lundi 4 juin 2012

" LE MONT ANALOGUE " de René DAUMAL



                                   
                            Ai-je trouvé le Mont Analogue dans ma gravure ci-dessus ?


 "Pour qu'une montagne puisse jouer le rôle du Mont Analogue, il faut que son sommet soit inaccessible, mais sa base accessible  aux êtres humains tels que la nature les a faits. Elle doit être unique et elle doit exister géographiquement. La porte de l'invisible doit être visible."
Ce roman inachevé de René Daumal ( né en 1908, disparu prématurément à l'âge de 36 ans en 1944) est un voyage initiatique vers l'Au-delà ."Un roman d'aventures alpines, non euclidiennes et symboliquement authentiques."

Invitation au voyage, ce roman a-t-il permis à son auteur d'être "encadré dans son analogie" baudelairienne , de "vivre, aimer et mourir au pays qui (lui) ressemble" ? Peu importe.
Cet itinéraire de l'absolu, qui n'est pas sans rappeler celui de Perceval dans la recherche du Graal ou le Mahabharata indien, est une invitation à chercher notre voie.


"Tiens l'œil fixé sur la voie du sommet, mais n'oublie pas de regarder à tes pieds. Le dernier pas dépend du premier. Ne te crois pas arrivé parce que tu vois la cime. Veille à tes pieds, assure ton pas prochain, mais que cela ne te distraie pas du but le plus haut. Le premier pas dépend du dernier ."




"Lorsque tu vas à l'aventure, laisse quelque trace de ton passage, qui te guidera au retour : une pierre posée sur une autre, des herbes couchées d'un coup de bâton. Mais si tu arrives à un endroit infranchissable ou dangereux, pense que la trace que tu as laissée pourrait égarer ceux qui viendraient à la suivre. Retourne donc sur tes pas et efface la trace de ton passage. Et même sans le vouloir, on laisse toujours des traces. Réponds de tes traces devant tes semblables. "

René Daumal nous raconte cette légende de haute montagne :

         "Les Hommes -creux habitent dans la pierre, ils y circulent comme des cavernes voyageuses. Dans la glace, ils se promènent comme des bulles en forme d'hommes. Mais dans l'air ils ne s'aventurent , car le vent les emporterait.

Ils ont des maisons dans la pierre, dont les murs sont faits de trous, et des tentes dans la glace, dont la toile est faite de bulles. Le jour ils restent dans la pierre, et la nuit errent dans la glace , où ils dansent à la pleine lune. Mais ils ne voient jamais le soleil, autrement ils éclateraient.

Ils ne mangent que du vide, ils mangent la forme des cadavres, ils s'enivrent de mots vides , de toute les paroles vides que nous autres nous prononçons.

Certaines gens disent qu'ils furent toujours et seront toujours. D'autres disent qu'ils sont des morts. Et d'autres disent que chaque homme vivant a dans la montagne son homme-creux, comme l'épée a son fourreau, comme le pied a son empreinte, et qu'à la mort ils se rejoignent."


Si vous voulez lui emboîter le pas et suivre ses traces, vous trouverez peut-être votre vérité, vous oserez peut-être poser les questions que Perceval n'a pas osé ou pu poser au Roi Pêcheur, que l'homme de la campagne n'a pas posées au gardien des Portes de la Loi dans "Le Procès" de Kafka .

Mais avant d'ouvrir les portes du symbolique et du spirituel, vous serez de toute façon, captivé par ce récit mystérieux, poétique, voire surréaliste et amusant par endroits.

(Voir, dans les archives de ce blog, un message du 29 novembre 2011, consacré à René Daumal.)